Novel
Ier CHAPITRE
Première rencontre avec les étrangers. Conversation à la maternité.
Petru fut averti par le directeur du journal de ne pas établir son programme pour la semaine prochaine parce qu’il aura des invités importants.
– Maître, lui dit-il dans son style moqueur, je t’offre l’honneur d’être le guide de la délégation des Médecins sans frontières. J’ai été invité à les accompagner, car ils ont apporté une grande quantité de médicaments à l’hôpital, mais, comme tu le sais bien, je ne parle que le russe. Cela te fera plaisir de les accompagner tout au long de la semaine, je sais combien tu souhaites une conversation dans la langue de Voltaire.
– Merci pour l’honneur que vous me faites, patron, répondit Peter avec apathie, mais vous savez que je me suis spécialisé dans les sujets d’investigation et j’ai un sujet brûlant à documenter. Chasser les terroristes qui tirent de n’importe quelle position, je veux les trouver et leur demander les comptes.
– Ah, ah, rit le patron, journaliste renommé, tu es toujours convaincu que la révolution n’a été qu’ une simple diversion ? Et que les ennemis sont autour de nous, nous leur avons secoué les mains, nous nous sommes salués chaque jour, mais maintenant ils détiennent le pouvoir et tu sais que tu peux tout perdre? Il serait possible que moi-même sois l’un des terroristes et je pourrais te tirer une balle dans la tête cette même nuit!
– Je parle sérieusement, patron, j’ai trouvé un indice et je veux clarifier l’affaire. Une pauvre femme enceinte a été fusillée pendant qu’elle était transportée à la Maternité par l’ambulance. La femme avait appelé l’ambulance pour aller à la Maternité et quelqu’un d’autre a averti les militaires qu’ils seraient attaqués par les terroristes déguisés en médecins dans l’Ambulance! Si des innocents n’étaient pas morts, j’aurais dit que c’était juste une bonne blague. Des médecins j’ai appris que la mère est morte à cause des blessures provoquées par les balles, mais le petit garçon est bien sain et sauf et atteindra l’orphelinat, car la mère n’était pas mariée et son unique père est le bon Dieu! En fait, patron, comment pensez-vous que le petit garçon a été baptisé?
– Quelque chose de spécial, ils ont probablement choisi un nom biblique, lié au Noël, le jour de sa naissance sous les balles tirées par les ainsi nommés terroristes, répondit le directeur du journal avec une curiosité évidente.
Petru se rappela des contradictions avec le directeur au sujet des soi-dits terroristes et il n’avait le moindre intérêt de recommencer la dispute. ”Le temps guérit toutes les blessures”, se souvint un dicton latin le jeune journaliste.
– Lorsqu’ils le faisaient sortir du ventre de sa mère, l’infirmier livide, marqué par une volonté étrange, avait dit : ”Comme s’il s’agissait d’un membre de la famille du roi David, Seigneur, pardonne-moi! Ce bébé est né en riant, il a un visage blanc, deux grands yeux bleus et l’air avide de soleil. C’est un enfant heureux et semble vouloir entrer dans sa nouvelle aventure terrestre! Appelons-le Iosif!”
L’autre médecin, parrain dans les documents, se montra fâché:
– Le bébé doit porter mon nom, la coutume de notre hôpital l’exige donc! dit-il.
Malgré son opposition, dans le certificat de naissance, le bébé apparut comme Iosif. Comme vous le voyez, mon chef, je suis très occupé à connaître le petit Iosif et les assassins de sa pauvre mère!
– Fais tout ce que tu veux pendant ton temps libre, dit le directeur à contrecœur, mais madame le médecin m’a demandé d’accompagner personnellement ces français, tu sais de quel médecin je te parle! C’est juste le médecin de mon cœur et je ne peux pas la refuser!
*
Petru s’est préparé toute la journée pour la rencontre avec les français qui arriveraient en deux camions avec des médicaments et des aides humanitaires. Il a pris tous les dictionnaires qu’il avait dans la bibliothèque, a relu les pièges de la langue française, en commençant par l’insupportable subjonctif et les verbes irréguliers, et a répété la Marseillaise.
– Beau langage, mais difficile, surtout quand on ne s’en sert pas pendant longtemps, mais ça vaut la peine! Je suis tellement content qu’après toutes ces années, je puisse parler, tête à tête , excusez-moi la redondance, dans une langue qui m’est chère, a-t-il avoué avec émotion aux invités français. Les Français ont créé une nouvelle littérature, on dirait révolutionnaire, mais en philosophie ils sont moins connus, les allemands les ont surclassés, a-t-il dit avec une nuance de reproche à ses interlocuteurs.
Michel Debus, l’adjoint du chef du convoi, un type petit mais gros et égocentrique, le regarda avec étonnement.
– Nous, les français, sommes bons en tout ce qui existe parce qu’il existe et aussi en ce qui n’existe pas parce qu’il n’existe pas, répliqua avec vanité Michel Debus utilisant une phrase de dilemmatique de la vieille Élade.
„Bien, ça va, peut-être en ce qui n’existe pas”, répondit Petru, parce que pour autant que je le sache, vos philosophes ont été formés à la cour des rois, et à côté des monarques, on ne peut faire que de la philosophie de salon! Connaissance sans souffrance n’existe pas. Nous avons des philosophes monastiques, pas des monarques, qui ont souffert dans les prisons politiques et pensé dans les monastères. Pour réfléchir profondément, il faut souffrir profondément. La vraie connaissance naît de la souffrance, continue la ligne de ses idées Petru au grand étonnement de ses invités.
*
Lors de la soirée à l’ancien Hôtel du Parti, lieu de prédilection et encore plein du parfum des fêtes des premiers secrétaires communistes, s’étaient réunis trois des quatre membres de la délégation étrangère.
David, le chef de la délégation, avait invité Petru au dîner, les drapeaux de France et de Roumanie étant au milieu de la table. David Lourdes, celui qui conduisait la caravane, était un mec de haute taille, échiné, au regard doux mais triste et au visage allongé.
-Un homme au bon cœur, mais si triste et pensif comme un roseau devant l’Univers. Un vrai saint vivant, pensa Petru.
– Le dîner est une bonne occasion de conversation et de rencontres intimes! lui expliqua en souriant un homme haut, Luc, qui se recommandait être sociologue de profession.
– De ce que j’ai compris vous êtes sociologue, monsieur? Installez-vous chez nous, en Roumanie, ici on constate une grande crise de sociologues, parce que la seule faculté de profile a été fermée dans les années 70!
Luc a ri de bon cœur et a expliqué qu’il était flatté par cette invitation, mais qu’il restait membre convaincu des ONG.
– Je préfère alléger les souffrances de mes camarades en leur donnant des médicaments, de la nourriture et des vêtements, peut-être que dans d’autres conditions j’aurais étudié la théologie, mais cette nouvelle profession est plus dynamique et plus pratique car je peux aider les gens du troisième monde, a-t-il ajouté gravement.
La conversation avait continué sans syncopes, les invités ont été gentils avec les erreurs grammaticales faites par le jeune journaliste roumain, heureux d’entendre leur langue natale si loin du pays. En Roumanie, on parle couramment le français dans la rue et beaucoup de gens s’intéressent à notre langue, ajouta Luc.
Petru a porté des discussions interminables, ainsi il a appris que le journal communiste L’Humanité était sur le point de succomber, après que les Français aient regardé la révolution de Roumanie en direct.
– Personne ne fait plus confiance aux communistes après avoir vu le sang couler de leur faute en Roumanie, a avoué Michel qui lui a demandé de penser à un programme pragmatique, mais léger, pour les prochains jours.
– Demain matin nous allons à l’hôpital pour laisser les médicaments et la nourriture, alors nous serons à ta disposition! Tu auras l’occasion de mieux connaître le chef de la caravane, le docteur David Lourdes. Si tes réserves culturelles générales peuvent t’aider, pourrais-tu nous dire quelle est la signification de Lourdes? compléta emphatiquement et fier Luc.
– Lourde, Lourdes…comment ça s’écrit ? Ah, ah, c’est l’endroit où Dieu a fait des merveilles. Le docteur est de la famille de la sainte guérissante ?
Les trois membres de la délégation applaudirent tous.
– Bravo, Petru, bravo! Bernadette Soubirous, la Sainte Vierge de Lourdes qui faisait des merveilles.
– Les merveilles, je m’y connais, dit emphatiquement Petru. Le prêtre de mon village voulait que j’étudie la théologie et que je devienne prêtre. Toute mon enfance m’a raconté les histoires des merveilles de la Vierge de Lourdes et du berger Petrache Lupu de Maglavit de Roumanie qu’il avait connu personnellement. Je pourrais même dire que je suis expert, docteur en phénomènes paranormaux.
À l’aube, quand les coqs chantaient pour annoncer la matinée, Petru mit en place un programme pour le jour qui allait commencer. « Ne serait-il pas bon et plaisant d’aller à la Maternité ? » se dit-il. « Qui sait ? Peut-être cet enfant innocent né sous les balles de la Révolution va amadouer les cœurs de mes bons visiteurs et ils trouveront une mère adoptive dans leurs pays. »
-Mes amis, mes chers hôtes, leur dit Petru, après la visite matinale à l’Hôpital central, la deuxième visite nous allons la faire ensemble à la Maternité. Vous allez voir une merveille plus grande que celle de Lourdes…
Le plus enchanté de tous fut le chef de la caravane, le médecin David Lourdes.
-On pourrait adopter un enfant orphelin, dit celui-ci avec une lumière sainte dans les yeux.
*
Les hôtes entrèrent enchantés dans toutes les chambres où ils ont laissé du lait en poudre et des jouets. Certaines mères refusaient se séparer de leurs bébés et préféraient les allaiter naturellement.
-C’est extraordinaire, félicitations, exclama David, ainsi devraient faire toutes les mères.
Petru qui les accompagnait avait sa propre philosophie : « Ils ne savent que les réserves de lait en poudre n’existent plus dans notre pays et que les mamans les allaitent pour que les petits ne meurent de faim. »
Vers la fin de la visite Petru réunit tout le monde dans le hall central et leur dit d’un air énigmatique:
-Surprise, excusez mon anglais, vous aurez l’occasion de voir en première mondiale le petit Messie.
Tous les visiteurs restèrent muets, Luc et Michel regardaient effrayés en direction du chef de la délégation, David Lourdes qui, à son tour devint livide.
-Il est impossible, monsieur, Messie a été unique, ce que vous dites c’est un blasphème! Cette affirmation est totalement déplacée. C’est le moment de partir! dit tout court Michel Debus.
Petru reçut la réponse comme un coup de poing dans le foie ce qui ne laisse pas de traces, mais te fait mal plusieurs jours.
-Excusez-moi, réagit-il après le choc, le communisme athée a parlé à ma place. J’ai lu la Bible par petits fragments et je ne suis plus allé à l’église depuis que j’étais enfant. En tout cas, ce serait bien de quitter cet endroit, notre programme est assez chargé.
*
Les relations entre lui et les français se sont ranimé devant un verre de vin roumain, Tămâioasă. Petru était décidé d’abandonner le projet, les étrangers le regardaient comme si c’était un parent pauvre, toujours endetté, un guide mal payé qui les accompagne à travers un pays exotique, mais avec des gens pauvres en esprit.
– Je les accompagne aujourd’hui, patron, et je renonce! Ils se considèrent trop intelligents! Ils parlent du Saint Graal, du sang du Christ et d’une étrange organisation du Temple du Soleil, dit Petru au directeur à la première heure du matin.
-Ah, c’est ça, répondit gentiment le directeur du journal, ce seraient des spécialistes des sciences occultes! Montre-leur le trésor de la cave et parle-leur de la malédiction de la Poule aux poussins d’or! J’appelle le célèbre ingénieur viticulteur, celui de la cave où il y a une copie du trésor, qui en plus est spécialiste en magie et qui peut y mettre un peu de peur!
– Ça vaut la peine de leur donner une leçon, patron. Si fiers qu’ils soient, tant ils sont recroquevillés! Hier soir, après le repas payé de mon salaire, j’ai été appelé dans un minibus avec des aides humanitaires. „Cet Alain Delon est à vous!”, dit le chauffeur du convoi humanitaire en me donnant une touloupe râpée. Je me suis rendu compte qu’elle était originaire de notre pays, exportée pour de petites sommes en échange de nos dettes. Elle m’aurait pu être utile, mais je l’ai refusée.
– Non, merci, monsieur, j’en ai une toute nouvelle, commandée par mon père à la fabrique d’Orăştie, mais je ne la porte pas par confort! La Transylvanie est juste le pays des moutons et des touloupes naturelles et je peux en commander tant que je veuille!, lui ai-je répondu fâché.
*
Après une balade galopante aux Volcans de Boue sur une route pleine de ravins, durant laquelle les Français avaient été sur le point de se casser en deux le minibus, Petru a juré qu’il éviterait les monuments de la nature et se limiterait à ceux créés par la main de l’homme où on peut arriver par des chemins plus civilisés.
-Je vous invite à boire un verre de vin dont vous ne trouverez pareil au monde, comme un Bordeaux de Roumanie et aussi à un goûter, leur expliqua-t-il en route entre les collines. De plus, vous rencontrerez le plus grand trésor d’or massif d’Europe, une copie de l’original qui se trouve à Moscou, bien sûr, et vous entendrez ses aventures incroyables, compléta Petru pour susciter leur intérêt.
Le „Saint Trésor des Goths”, avec 23 pièces en or massif, est resté caché depuis deux millénaires dans une galerie de pierre des Carpates. Le trésor cache de nombreux puzzles, certains perdus à jamais, car il a été vandalisé à plusieurs reprises et seulement 13 pièces sont restées, explique fièrement l’ingénieur archéologue Vasile Văratecu de la Station de recherche viticole. Sur la table en chêne massif l’ingénieur étala les 13 pièces gardées du grand trésor découvert au XIXème siècle.
Joaillier dans sa jeunesse, Michel Debus, s’est penché avec tendresse sur la pièce principale du trésor, la Patère. Il semblait avoir l’espoir de trouver des secrets millénaires cachés dans les pierres par la Mère Nature, entourées par tous les dieux du peuple gothique.
-Il s’agit de la pièce la plus importante du temple gothique, cachée dans les montagnes de Buzău il y a 2000 ans, continua la présentation le muséographe occasionnel.
– De l’or pur, œuvre sacrée, ici le Grand Prêtre prédisait l’avenir de son peuple, poursuit-il. Sur le plateau sont magistralement gravées toutes les divinités du peuple gothique, accompagnées de corbeaux aux ailes imposantes qui parcouraient l’univers entier à la recherche de signes magiques.
-Regardez attentivement, un par un s’alignent Aegir, la déesse des eaux, qui était la mère de ce peuple né sur l’île de Goths, Tyr, le dieu de la guerre, Feya, la déesse de la fertilité, le dieu de la guerre Odhin, ou Thor, le dieu du tonnerre et, enfin, Héla, la déesse de la mort.
Michel a regardé attentivement la dernière divinité, une divinité qui te cligne de l’œil et t’appelle de façon provocante. Elle avait un chignon élégant et au-dessus deux ailes d’oiseaux se préparaient à s’envoler à tout moment. Dans sa main gauche, elle portait un aptère, signe d’un destin implacable pour tout mortel.
*
Un roi gothique s’est suicidé pour ne pas tomber dans les mains des ennemis. Le jour du sacrilège, le jeune roi avait peur de laisser au peuple le Saint Trésor qu’il a décidé de cacher dans le temple du Dieu suprême creusé dans un rocher. Il l’a mis sous une dalle et l’a bloqué avec d’énormes rochers, poursuivit son histoire l’ingénieur sous les regards étonnés des invités.
-Le trésor avait représenté la monnaye d’échange pour l’Empire. L’empereur Julien a considéré les cruels guerriers gothiques comme un allié naturel dans sa lutte contre l’Église chrétienne, compléta l’histoire Petru.
– Quels seraient les secrets du trésor caché? demanda d’un air étonné David.
– Ce trésor était une malédiction pour la nation des goths, il ne leur a apporté que des guerres et des pertes de sang innocent, donc on croyait que celui qui le tirerait à la lumière mourrait dans des supplices, il semble que ce soit le message laissé par le malheureux roi, dit sagement le muséographe amateur.
– Non qu’il ait caché, mais il continue à être caché, car la malédiction est toujours vivante. Tous ceux qui ont touché les pièces d’or ont souffert. Les découvreurs du trésor, deux paysans de Pietroasa, sont morts dans des conditions inconnues en prison, les autres deux découvreurs ont été tués et l’écrivain qui a fait publique son existence au monde civilisé s’est suicidé, ajouta gravement le muséographe.
Le médecin homéopathe semblait absent et inattentif aux explications des hôtes. Il regardait attentivement la Reine de la Patère entourée de divinités barbares.
-Oh, Mère des Dieux, bien aimée déesse Cybelle, murmura-t-il ému! Les signes sont clairs, cela me confirme que je ne me suis pas se trompé. Maintenant comme alors, le monde se trouve dans un moment difficile, continua-t-il comme pour soi-même.
David donnait l’impression d’avoir retrouvé une vieille amie. Il entoura la table quelques fois, frotta fébrilement les mains et regarda en prière le ciel.
Petru regarda toute la scène avec la curiosité froide caractéristique aux journalistes. Seulement le visage de Michel l’intrigua. Il observa un regard de glace, une joie cachée. « La chance d’une fin honorable de la Terre », dont David parlait, semblait le réjouir. « Vous, les autres mortels, ne seriez que des acteurs impuissants face à une œuvre au final prévisible », pensait-il probablement.
De l’autre côté, David souffrait visiblement. Son visage osseux trahissait le désespoir. « Il y a 2000 ans, un roi a sauvé son peuple de la malédiction imminente en enterrant le trésor de son peuple dans une grotte en pierre. Mais comment se sauvera l’humanité de la malédiction de la nouvelle ère?
*
David semblait satisfait de sa visite en Roumanie, les visiteurs avaient vu tant de choses en quelques jours, que d’autres n’avaient vues dans de nombreuses années. Il s’approcha de Petru pour se dire au revoir, le prit doucement par-dessus les épaules et dit joyeusement:
– Merci pour votre accueil. Petru, tu es un gars formidable, si ton pays a d’autres gens précieux comme toi, il franchira certainement cette période de transition et entrera parmi les pays civilisés!
Petru était heureux, malgré la tristesse sculptée sur son visage. David était un personnage d’un autre monde, dont il avait appris tant de choses, en si peu de temps.
– Moi aussi, je te remercie, David, grâce à toi je me suis senti dans le monde libre quelques années plus tôt, ici les mentalités de l’athéisme et de l’indifférence continuent à subsister et nous en serions marqués probablement pendant de nombreuses décennies à partir de maintenant.
– À propos, lui dit Michel en le tirant d’un côté, l’incident de la maternité, il faut que tu m’en excuses, le médecin est très sensible à ce type de sujets. Et parce que tu étais l’homme des surprises, écoutes-en toi aussi une!
Petru le regarda attentivement parce qu’il le voyait marqué par une émotion visible, les mots qu’il prononçait n’étaient plus aussi clairs et ronds qu’auparavant.
– Tu le crois ou non, le nouveau Messie existe, mais pas ici, en Roumanie, sinon dans notre pays, en France!
Petru pâlit comme le docteur David à la Maternité.
– C’est une blague, monsieur, ce n’est qu’un blasphème, c’est stupide ce que vous me dites, répliqua-t-il entrant dans le jeu.
– Oui, le nouveau Messie est encore petit et est né à Jérusalem en Terre Sainte un jour de Noël. Par son sacrifice il peut unir toutes les religions de la nouvelle ère cosmique.
– C’est trop pour moi, rit Petru de toutes ses dents. Et où est-ce que le Messie est caché?
– Il faut pas rire, Adeodatus est le fils de David et vit dans notre base aux pieds des Alpes, compléta gravement Michel.
– De ce que j’ai appris, Dieu ne sera pas incarné deux fois, tout enfant le sait, répondit sereinement Petru.
-Ce que je te prie, c’est de garder en secret notre visite, car les terroristes ont toujours une balle de réserve ! dit Michel en partant.
« Toujours un jour de Noël il est né le petit Iosif, mais il est né sous des balles et sa mère a été tuée. Un Noël sanglant duquel Iosif s’est échappé vivant. Qui sait si ce n’est pas lui notre bonne étoile! » refléta pour soi le jeune journaliste.
*
Après le départ de la caravane des aides humanitaires, même s’ils avaient promis de maintenir la correspondance, Petru avait définitivement perdu la connexion avec ses hôtes français. « Promettre c’est noble, tenir c’est bourgeois”, se rappela le dicton le jeune journaliste qui n’était plus intéressé des liens d’amitié avec des étrangers. Il était convaincu que beaucoup d’entre eux venaient avec des buts cachés.
-Je vous l’avais dit, patron, même dans le domaine de l’aide humanitaire il y a des intérêts cachés. Vous vous souvenez cette dame distinguée de la Belgique que j’avais baptisée dans le dernier reportage la Mère des orphelins, on l’a arrêtée hier soir à la douane pendant qu’elle essayait de passer frauduleusement une dizaine d’icônes anciennes de 300 ans peintes sur verre.
– Quelle chance on a eu avec les douaniers, car sinon en échange de quelques vieilles nippes, nous aurions perdu des valeurs inestimables, répondit le directeur du journal en apprenant les dernières nouvelles.
Il avait passé un an depuis la rencontre avec les Français. Un jour d’automne, alors que le vin était en ébullition, Petru est allé faire des recherches à la station viticole. Après une documentation appropriée, il a acheté quelques bouteilles de vin et se préparait à partir. Tandis qu’il chargeait les bouteilles dans le coffre, le muséographe occasionnel, le bavard ingénieur vigneron, l’appela.
-Petru, attends une minute, je vais te dire quelque chose d’intéressant! Les français des Médecins sans frontières t’avaient-ils offert quelque cadeau?
Petru se détourna de son chemin, curieux. L’ingénieur semblait les connaître mieux que lui.
– Non, aucun cadeau, ils sont partis comme ils étaient venus, j’ai reçu seulement des dons spirituels, j’ai parlé dans la langue de Voltaire. J’avoue qu’ils voulaient m’offrir de vieux vêtements, mais j’ai refusé! déclara Petru avec fierté.
– Pas alors, récemment, ce mois-ci, à l’occasion de leur nouvelle visite. Je ne t’ai pas dit que le grand et échalas David est passé par chez moi. En entrant dans la cave, il a demandé de se laver les mains, il venait d’un orphelinat qui n’était pas très propre…
– Orphelinat, quel orphelinat, à quelle occasion?
– Je pensais apprendre plus de choses sur leur visite de toi. Il a acheté des bouteilles de vin et a pris des photos avec le trésor. Ils ont pris plusieurs photos et David a fait quelques croquis. Il est venu avec des lumières spéciales. Il a réalisé des croquis et de nombreuses photos, sous tous les angles possibles et impossibles.
-À quoi leur serviraient ces images, maître, demanda surpris Petru.
– De leur conversation j’ai entendu qu’ils voulaient restaurer le trésor dans leur pays. Petru, ce qu’ils veulent faire ne serait pas illégal?
Petru semblait un peu perdu, mais d’un coup il reprit en frémissant de curiosité. Ainsi donc, ses amis l'avaient évité. Pourquoi?
- Et de plus, continua l'ingénieur, il était intéressé par une déesse, celle illustrée sur l’assiette. Le médecin ne semblait pas si content de son apparence, il disait qu’il lui manquait quelque chose et qu’il aurait aimé voir l'original du Musée National, mais aucune photo ne peut y être prise. Il était aussi intéressé si je savais où se trouvaient certaines pièces. Je lui ai dit que je ne savais rien des dix pièces qui avaient été volées.
-Vous leur avez demandé pourquoi il posaient toutes ces questions-là?, le gronda Petru
- Il semblait un grand admirateur du trésor et je n’ai pas pu le refuser. En plus, il est un meilleur connaisseur de l’Antiquité, il savait même quelques mots de l'ancienne langue gothique et il m’avait raconté des histoires de la jeunesse de l’empereur Julien l’Apostat lorsqu’il était César de la Gaule. L’empereur habitait sur une île au cœur de Paris et dans sa garde personnelle il y avait un guerrier gothique.
-Et quel est le lien entre cette histoire et le trésor gothique?, se montra intéressé Petru.
-Il m’a raconté que Julien désirait introduire dans la religion de l’Empire d’autres dieux. Il était spécialement intéressé par la Déesse Mère du centre de la Pathère. Il m'a également demandé si les descendants de ceux qui avaient découvert le trésor vivaient encore.
- Et tu lui as répondu quoi?, interrogea de plus en plus curieux le journaliste.
- Ce que tout le monde sait, que les deux découvreurs du trésor sont morts en prison, qu’ils avaient des descendants, mais qu’ils se sont refugiés au-delà des montagnes pour qu’on perde leur trace et on ne savait pas ce qui s’était passé d’eux.
Petru a remercié le bon ingénieur et est parti pour la ville. „Donc, ces français veulent tricher, mais je ne me laisse pas.”, se dit le journaliste décidé de mettre fin à cette histoire.
Le lendemain, avec la photo du docteur David Lourdes dans la main, il est passé par les orphelinats des trois villes du département.
Il a constaté que c’était difficile de trouver des traces, car des dizaines d’étrangers avaient franchi leurs seuils pour adopter des orphelins. Partout on lui avait répondu invariablement:
- Aucun récent visiteur ne ressemble au monsieur de la photo.
Petru s’est souvenu que dans une petite ville voisine se trouve un orphelinat privé qui était financièrement soutenu par une ONG. Il est entré plein de courage dans la cour de l’orphelinat où l’accès des journalistes était interdit et a demandé de parler à la directrice.
- Un ami de France a oublié un chéquier ici. J’ai perdu son contacte et je voudrais le lui rendre car il a besoin de l’argent, dit-il en sortant la photo avec le groupe français de sa serviette.
- Oh, oui, celui-ci c’est monsieur David Lourdes, le reconnut tout de suite la directrice. C’est l’un de nos bons amis, le mois passé il est venu avec des aides humanitaires et il nous a laissé son numéro au cas où on aurait besoin de quelque chose.
Comme ils avaient des amis en commun, Petru a été invité à boire un café et ils ont commencé a se faire des confessions.
-À quelle occasion est-il venu David dans votre centre, Madame la Directrice?
-Vous me demandez comme si vous étiez de la Sécurité ou vous étiez journaliste, mais comme tous les autres, il m'a demandé si on n’avait pas besoin de médicaments pour les enfants abandonnés. Bien sûr, nous avons reçu beaucoup d'aides humanitaires, mais jusqu’à présent on n’a reçu aucun médicament...
- M. David, ne voulait aussi autre chose, voulait-il voir un certain enfant? continua avec une certaine certitude Petru.
- Bien sûr, comme tous les étrangers, il a demandé de voir les enfants. Puis il m'a dit qu'il voulait adopter un enfant abandonné.
- Il vous a donné un certain nom?
- Il m'a mis plusieurs questions, a choisi trois enfants, a demandé des biographies pour les trois, mais s'est finalement arrêté à un. Devinez qui!
- Quel est le nom de l'enfant qui l'intéressait le plus et où est-il en ce moment?
- Son nom est Iosif...
Je voudrais le voir, j’ai connu sa maman avant qu’elle meure, improvisa le journaliste.
- A cette époque, il est pris en charge en placement dans une famille en ville. Joseph est un enfant merveilleux, précoce et très mignon que beaucoup de bonnes personnes aimeraient avoir à côté d’elles!
- Il s'appelle Iosif, le petit Iosif, et il est né sous des balles, Madame la Directrice, continua Petru à bout de souffle.
- Oui, Iosif, c'est vraiment lui, car tous ceux qui sont venus chez nous ne peuvent pas l’oublier, ajouta avec fierté la directrice du centre pour les enfants orphelins.
Réconcilié avec soi-même, Petru voulait renoncer à sa petite enquête, le docteur étant une personne qui lui inspirait beaucoup de confiance. Mais pourquoi était-il venu incognito en Roumanie?
Et quoi! C'est son affaire, le médecin ne peut pas faire du mal ni à une mouche, pensa le jeune journaliste. La directrice s'est accrochée au journaliste et lui a demandé de partir un peu plus tard.
- Monsieur le journaliste, Iosif est un enfant merveilleux, il a une aura inhabituelle, tous ceux qui sont entrés en contact avec lui m'ont confirmé qu'ils se sentaient comme des nouveau-nés et qu'il était un enfant inhabituel après l’avoir embrassé. Je serais désolée de le retrouver entre des mains criminelles qui adoptent des enfants roumains pour le prélèvement d'organes. Joseph est un enfant spécial, peut-être vous connaissez des personnes importantes pour nous aider à le garder dans notre pays!
En rentrant, Petru se sentit comme réveillé d’une profonde rêverie.
- Oui, Iosif est un enfant spécial, il est né sous les balles de la révolution et le Bon Dieu lui a donné la chance à la vie pour aider le pays où il est né!
*
– J’ai demandé au consulat de Roumanie à Paris de démarrer une enquête. Les étrangers ont de l’argent et se permettent tout. Ils ont les meilleurs avocats. Ils paient en devises étrangères et ils obtiennent tout ce qu’ils veulent, souvenez-vous de leurs derniers mots quand ils se sont séparés de la directrice.
Petru se retira dans sa forteresse d’ivoire. La directrice avait raison. Il devrait découvrir pourquoi le médecin français voulait tellement le garçon, lui qui disait avoir un enfant né à Jérusalem, même le jour de Noël.
*
Petru est allé rendre visite à son père spirituel secret, le prêtre Mihail, pour lui demander conseil.
-Donc, l’un des enfants est destiné à devenir le Prophète, il reprendrait tous les péchés des gens et l’autre, comme témoin de l’événement, survivrait pour raconter au monde le miracle accompli. Lequel des deux serait sacrifié ?, demanda Petru au père des gens pauvres.
Le prêtre dit pensif :
– Les étrangers gagnent toujours. Ils oignent n’importe quelle roue avec des billets verts ou embauchent les meilleurs avocats et obtiennent ainsi tout ce qu’ils veulent, répondit celui-ci.
– Et pourtant, peu importe combien d’argent ils ont, chacun d’eux a un talon d’Achille, c’est aussi le cas du docteur David ou de Michel Debus, dit Petru.
Le prêtre Mihail le conduisit jusqu’à la porte de l’église et lui dit mystérieusement :
-Le bon Dieu fait et défait les choses, tu vas t’occuper de la campagne dans la presse et moi de l’autre aspect du problème.
*
Petru a fait appel à toutes les personnes qu’il connaissait dans le monde de la presse. Un orphelin kidnappé par une fraternité religieuse, ce serait un merveilleux sujet de scandale. Il voulait empêcher la possibilité de faire Joseph sortir du pays pour le moment et empêcher le médecin de partir avec l’enfant. Seulement un personnage mystérieux pourrait faciliter ma tâche, mais pour l’instant je ne sais pas qui ce serait, ressentit le journaliste la solution de sauvetage dans l’air.
*
Pour une courte période, Petru y renonça, les lois roumaines étaient tellement confuses que tout avocat, soit-il médiocre, pouvait gagner le procès. La presse à laquelle il avait fait appel pouvait écrire ce qu’il voulait, si l’institution-mère, respectivement Le Comité national d’adoption exprimait son accord. A partir de ce moment-là, le journaliste qui demandait justice pourrait être impliqué dans un procès de diffamation!
« Que ta volonté soit faite, Seigneur, même si je sois mis en prison, je n’y renoncerais pas », a prié Petru devant l’église.
D’abord, il est allé à l’orphelinat pour demander à la directrice de le tenir informé sur l’avancement des événements et il s’est dédié une période à l’écriture.
Petru avait aussi un autre problème à résoudre, tout aussi important. Qu’avaient affaire le docteur David et ses amis avec le célèbre trésor? Quelle énigme les a tant intrigués dans ce trésor maudit, mis au jour après deux millénaires?
IIe CHAPITRE
La Sœur Elena Sofia, fille de Sofia
Elena Sofia a pris la poupée en tissus dans ses bras et a imité le bercement d’un bébé.
– Dors, dors, mon petit bébé ! dit-elle d’une voix pleine d’émotion.
– Constantin, c’est le petit Constantin, tu soignes le futur empereur. Fais attention à ne pas le faire tomber, mère sainte, on lui disait du bord du tapis un groupe de chrétiens aux bougies allumées dans les mains. Il y avait environ 10 chrétiens, femmes et hommes, rayonnant de bonheur.
Elena continua de bercer la poupée, mais ses pas étaient emmêlés.
-Constantin, Constantin, mon cher enfant, ta mère t’aime tant, continue la femme, frissonnant de soin pour le petit garçon.
Devant la Sainte-Croix, un homme en vêtements d’empereur, tenant la coupe du Saint Graal dans sa main, attendait le moment de la communion. Seulement deux ou trois mètres séparaient les deux de l’endroit où la boisson sainte était partagée.
La femme mesura des yeux la distance qu’il lui restait et hésita, lui semblant une éternité. Elle tourna son regard, l’assistance l’encouragea avec des regards suppliants.
– Allez, Elena, allez, dans peu de temps vous accomplirez la volonté de notre Seigneur Dieu, Jésus Christ, le fils de Dieu. Avec Constantin, toi aussi, tu recevras le baptême.
Elena fit un autre pas et se recroquevilla comme ivre. Aux derniers mots d’encouragement, serra l’enfant contre sa poitrine fermement et sous le fardeau de la mission, elle s’écroula sur le tapis en poils de chèvre.
*
– Les membres de la fraternité se rencontrent chaque dimanche soir dans la maison de l’un d’eux, ils regardent des films et jouent dans de petites scènes moralisantes avec le Saint Pierre. Le plus difficile est d’accepter le rôle de Judas.
Les yeux du savant s’écarquillèrent.
– Les adeptes de l’école de Port Royal ont demandé l’interdiction des pièces de théâtre pour cette raison considérant que les personnages envoient un message anti-chrétien. Car, ils soutiennent que les acteurs revivent des sentiments sales dans les pièces de théâtre. À leur tour ils les transmettent au public qui résonne voire s’identifie aux personnages, répondit froidement le Savant.
– Le saint prêtre interdit aux membres de son groupe de regarder la télévision et cela réduit l’effet, expliqua le journaliste.
-Le théâtre profane la croyance, plus que le film, continua son raisonnement le Savant.
– Les frères ne jouent que des rôles bibliques, continua Petru, les acteurs ont la liberté d’improviser, mais dans les limites de la foi. Ce sont de vrais tests pour eux et pour leurs frères et les effets sont visibles. Les rôles d’un scénario du Bon Dieu, des apprentissages plus profonds que ceux extraits des livres saints ou des messes du dimanche, dit d’un ton protecteur le jeune journaliste.
*
Elena a été transportée d’urgence à l’hôpital et après trois jours, elle est rentrée à la maison.
Quelques minutes plus tard, trois sœurs sont venues à ses côtés avec foi pour transmettre le message du Saint Prêtre.
-Sœur Sofia, le Saint Prêtre est très fâché contre vous et vous interdit d’assister à nos réunions du dimanche, a déclaré avec tristesse la Sœur Maria. Pour être acceptée de nouveau dans le groupe, vous avez besoin d’une sainte pénitence et d’une pleine foi dans le bon Dieu.
Elena, surprise, se mit à pleurer.
– Qu’est-ce que j’ai fait de mal, sœur Maria?
– Vous, personnellement, vous n’avez pas tort, sauf que le saint père a conclu que vous n’êtes pas assez prête pour entrer dans la mission.
– Ce qui vous est arrivé, c’est le travail du diable, complète l’autre compagne, la sœur Magda, personne ne s’est jamais évanoui dans une église auparavant. À moins que vous n’ayez assez de foi en Celui qui est aux cieux ou que vous soyez possédée par le Diable, si vous tombez évanouie au milieu du Paradis!
– Mais pour moi il y avait quelque chose de différent, il y avait trop d’émotion. Je n’ai pas tenu un bébé dans mes bras depuis longtemps, vous savez que mon bébé a été volé .
– Au milieu, il y a le manque de foi dans le bon Dieu, c’est le message du Saint Père, continue la sœur Maria.
-Ce n’est pas vrai, protesta la sœur Elena, j’ai fait tous les chanoines qu’il m’avait demandés, j’ai prié dans sept monastères, j’ai fait le jeûne noir, j’ai confessé tous mes péchés …
-Votre faute est complètement différente, dit sœur Maria fermement, nous vous avons demandé de jouer dans un scénario du Seigneur, et vous voulez que nous jouions dans un scénario que vous proposez. En vain vous faites l’innocente, j’ai surpris votre regard triomphant quand vous êtes tombée sur le tapis. Vous deviez être le centre de l’attention, inspirer miséricorde et compassion.
-Vous voulez jouer le rôle principal dans le scénario du Dieu, compléta sèchement la sœur Magda. Si je le pense bien, le Saint Père a vraiment raison, c’est ce que font les femmes hystériques. Au fil du temps elles deviennent indispensables et finissent par conduire à travers des crises d’hystérie. Celui qui a confiance dans la puissance du Bon Dieu se contente d’être une simple roue dans son scénario.
*
Elena Sofia était orpheline depuis l’âge de sept ans. L’histoire de sa vie était triste, une enfance malheureuse et une jeunesse agitée et incertaine. Son grand-père était un aubergiste connu dans toute la région qui avait installé son auberge non loin de Pétra, un lieu béni par Dieu, à la croisée des chemins et son père avait hérité l’affaire.
Les habitants racontaient que Dumitru proviendrait des chevaliers coumaines, ceux qui avaient vaincu les hongrois à Posada et avaient soutenu Basarab, le fils de Negru-Voda à fonder la Valachie.
Dumitru le Coumain avait fui à Petra du tribunal d’Argeş pour s’échapper au jugement du pouvoir, car il était poursuivi pour un crime inventé. Il est resté caché pendant deux ans dans les forêts séculaires de la région chez des hôtes occasionnels ou dans des bergeries dans les montagnes, mais finalement la chance lui a souri.
Une nuit de pleine lune, sur la route près de la bergerie, une charrette de boyards a été pillée par des voleurs. En entendant les appels de secours, le garçon a pris son chien de garde, le fusil et les deux pistolets et a chassé les agresseurs. Dans la charrette, une jeune femme, qui venait de fuir sa maison fâchée contre sa famille, a immédiatement montré sa gratitude au beau garçon. Dumitru conduisit au manoir la jeune femme comme un vrai chevalier et la confia au boyard. C’était un père très aimant, il le récompensa pour ses actions en lui donnant une bourse de monnaies d’or. C’est comme ça que l’histoire commence, même si les calomniateurs disent que la bourse de monnaies aurait été le motif du crime pour lequel il était chassé.
Un printemps doux et chaud, Dumitru a débarqué à Petra avec l’intention d’ouvrir une petite affaire et de s’y est installer. Sa fortune, la récompense qu’il avait reçue du boyard, la gardait cachée sous la couverture du cheval. À Petra, il a rencontré des gens hospitaliers mais très pauvres, attachés à leur terre pierreuse et stérile. Les villageois survivaient au jour le jour de la sculpture des croix et des fontaines, et dans les bonnes années de la culture de la vigne. Seul le braconnage des animaux sauvages des forêts voisines atténuait leurs manques. La plupart se serait contenté de la vie austère du pays de la pierre, s’ils avaient eu au moins de l’eau potable. La population était devenue nombreuse à coup d’œil et les quelques aqueducs en pierre restants de l’époque romaine, à travers lesquels l’eau coulait de la montagne, ne couvraient pas les besoins. De nombreux villageois travaillaient pendant l’été au champ et se préparaient à déménager dans des endroits plus hospitaliers.
Dumitru erra au long et au large le village de Petra, une colonie connue dès l’époque de Constantin le Grand, puis décida de passer la nuit dans un bocage situé à quelques mètres distance de la dernière maison.
Le jeune homme a marqué son camping de quelques branches de frêne, qu’il avait enfoncées profondément dans le sol, a caché sa bourse sous un gros rocher et a allumé le feu. Il a bien mangé et bu la merveilleuse liqueur offerte par les paysans de Pétra. Pour ne pas laisser des traces, le lendemain matin, il éteignit le feu et essaya d’enlever les branches. Il a tiré d’un rameau, mais a constaté qu’il résistait. „Il semble avoir pris racine!” dit Dumitru avec résignation, ou c’est à cause du merveilleux vin que j’ai bu la nuit dernière, continua-t-il à dire. Il a tiré les autres branches. Même résultat!
Le jeune homme a creusé au sol, les branches de frêne avaient pris racine. Il a creusé plus profondément et a trouvé un ruisseau. L’eau était claire.
„Ici je vais faire mon auberge!” décida Dumitru.
Le lendemain, il est allé voir le propriétaire de la forêt, un boyard enrichi, et avec deux poignées de monnaies d’or, avait acheté quelques centaines de mètres de terrain autour de l’endroit miraculeux. Près de la source, Dumitru a construit une auberge avec plusieurs chambres et un petit commerce pour les voyageurs.
L’auberge du Coumain prospérait à ne pas en croire ses yeux. Installée sur la route de sous la colline, à l’endroit où les routes des plaines s’entrecroisaient à celles de la colline et de la montagne, l’auberge s’est fait connue dans les provinces environnantes.
Autour de l’auberge, les villageois se sont installés dans le pays de pierre, attirés par la nourriture abondante et les cultures arrosées par l’eau qui arrivait à la surface de la terre.
Le propriétaire a vendu le terrain autour de l’auberge à bon prix et a aidé les jeunes à construire des maisons solides.
En quelques années, l’auberge de Coumain est devenue le centre d’une colonie solide, avec plusieurs centaines d’âmes, enregistrée dans les écritures royales.
Lentement, la nouvelle colonie a défini sa tradition de culture de céréales et de vigne, la terre était de qualité et l’eau abondante.
Esprit entrepreneur, Dumitru a construit deux autres maisons dans lesquelles il a placé ses enfants et après avoir vendu la dernière parcelle de terrain, il a également construit une imposante salle de fêtes.
Le village était entre-temps devenu commune et il avait besoin d’une église et d’un siège pour la mairie.
Dumitru a dépensé son argent pour la prospérité du village. Il n’avait oublié aucun instant que son succès dans la vie était dû à Celui qui était avec lui chaque fois qu’il avait des problèmes.
En l’honneur du Saint Esprit il a élevé une église, et en signe d’appréciation pour le fondateur, les villageois lui ont donné la dédicace de Saint Dumitru, son nom de baptême.
Le village avait augmenté d’une année à l’autre et son affaire prospérait. Le saint patron de la ville, Saint Dumitru, se célébrait chaque année sur une terre mise à disposition par la bienveillance de notre héros.
À la foire se rassemblaient des manèges et des comédiens de tout le pays, musiciens, ours et jongleurs. À l’auberge du Père Dumitru, les potiers les plus célèbres venaient des montagnes, les agriculteurs des villes voisines ou de la vaste plaine de Bărăgan et les meilleurs vignerons de toute la zone de courbure des montagnes. Tous les villages s’y donnaient rendez-vous. Il y avait des négociations bruyantes et on fêtait jusqu’au tard dans la soirée. Les habitants échangeaient des produits locaux et avec la liqueur de Bacchus enivraient les cerveaux et faisaient les musiciens jouer toute la nuit.
Pendant deux semaines, les fêtes s’enchaînaient jusqu’à la première neige, quand chacun partait avec la bourse pleine et la charrette chargée de tonneaux de vin.
Déjà vieux, Dumitru a appelé le plus jeune des enfants, Ionuţ le cadet, et lui a remis les clés de l’auberge. Les trois filles, il les avait mariées dans la ville, avec des marchands honnêtes, chacune avec une belle dot. Les autres garçons, au nombre de deux, étaient assis chez eux, chacun avec sa propre boutique, un dans la ville voisine et l’autre près de l’auberge. Le cadet était celui qui devait reprendre l’affaire et s’en occuper dorénavant.
*
Une nouvelle génération allait répéter l’histoire de succès de l’ancêtre commun. Mais les choses ne se sont passées comme ça. Ionuț a célébré par une grande fête le mariage avec une fille de Petra, Sofia, avec laquelle il e eu une enfant, Elena Sofia. Sofia est morte et la fille d’Ionuț, avait six ans à la mort de sa mère. Elle a repris l’affaire d’’un coup. La petite marchande vendait les marchandises, s’occupait des comptes de la boutique et dirigeait toutes les affaires ménagères. Elle avait de la patte, car aucun des serviteurs ne sortait de sa parole. Tout ce qu’il y avait de mieux dans la boutique, le chocolat français de Paris, le halva turque d’Istanbul, les mangues noires de Mandchourie, de Saint-Pétersbourg, tout passait entre les mains de la petite marchande.
Les affaires ont bien tourné, jusqu’au jour où, derrière le comptoir, les acheteurs ont vu une autre personne. C’était la nouvelle épouse d’Ionuț, qui venait d’une ville voisine.
Le lendemain du mariage, la femme a immédiatement changé les règles de la maison, car Ionică le Cadet, un vrai bonhomme, ne faisait que ce qu’elle disait.
Elena a à peine enduré le changement. De la „logeuse” respectée par tous, elle est arrivée la fille dans la maison, bonne à tout et à rien, et elle devait faire tous les travaux dans la maison. Sa belle-mère a repris l’affaire familiale, puis a pensé donner à ses descendants la fortune à laquelle elle mettait son épaule tous les jours. La famille était plus nombreuse maintenant car elle avait donné au monde deux garçons et la fille devenait pour elle comme un fardeau dans la famille.
*
Quand Elena a atteint l’âge de la majorité, sa nouvelle mère a décidé de l’épouser le plus vite possible surtout qu’elle n’était plus vierge.
Un officier russe, un comte, logé quelques nuits dans l’auberge dans son chemin vers le front des Balcans pour lutter contre les incroyants turques, est tombé amoureux de la jeune fille. Soit elle avait cédé trop vite à son charme, soit il y a eu un vrai amour, ce qui était sûr, tout le monde des alentours parlait de l’aventure honteuse de la fille de l’aubergiste !
Elle représentait la honte de la famille et elle devrait être mariée loin de la maison, avec une belle dot, une grande maison dans la ville offerte par son père.
Le propriétaire riche d’un bistro lui a demandé la main et tout semblait aller bien. Mais, Sofia ne pensait qu’à son ”général” qui lui avait promis de la marier et de l’installer dans son palais des contes de fées!
*
La jeune mariée avait voulu s’enfuir la nuit des noces, mais se frères l’avaient attrapée. Son mari était un homme maussade, jaloux et en plus, vieux. Ils sont restés ensemble pendant quelques années et ont eu un enfant. Elena était ravagée par le désir de s’éloigner.
Un beau jour, elle renonça à sa grande maison, à son enfant et à toute la richesse de son mari et s’enfuit avec un officier qui, hélas, était marié et avait deux enfants. L’aventure n’a pas duré longtemps parce que le nouveau mari désirait être proche à ses petits. Elena pensa qu’elle aurait pu le retenir en appelant aux services d’une sorcière. Une potion dans laquelle elle mélangeait un peu de sang menstruel aurait fait son bien aimé rester avec elle. Il reviendrait humble et resterait avec elle pour la vie! Mais ce ne fut pas ainsi, car sa femme connaissait tous ces sorts et elle lui donna une double potion. Au lieu de revenir à côté d’elle pour toute la vie, le petit ami d’ Elena est devenu fou!
*
Elena rêvait de fonder une famille, car sa jeunesse passait rapidement. Elle a connu de nouveau l’amour, un agent de ventes qui lui a offert des bas en soie comme cadeau de mariage ! Lui aussi avait vécu des expériences tristes similaires, et il n’avait un foyer à lui, son ex-femme l’avait quitté et avait emmené avec elle leur enfant. Il est tombé amoureux d’ Elena, de sa folie de femme habituée à cette vie incertaine. Mais ses affaires ne leur offrait pas la sécurité financière et la pauvreté leur frappait à la porte.
Elena pensait qu’elle pourrait faire appel à sa nouvelle passion, la magie noire. Le Daemon ne l’encourageait à faire du mal, mais elle aimait changer des destins, être aimée et écoutée.
Son nouvel emploi s’est révélé rentable, mais elle a été bientôt retenue par la police. L’un de ses clients est décédé à cause de l’argent vivant, et elle s’est retrouvée en prison, une prison avec de nombreuses femmes aux mains sales.
Au cours des trois mois passés en prison, Elena avait appris les lois de la détention et a rencontré de nombreuses „bonnes” femmes, certaines avec les mêmes préoccupations, qui ont juré de se retrouver en liberté et de dominer le monde des hommes.
*
Elena ne regretta pas beaucoup les années passées en prison, car après sa libération, elle a rencontré ses collègues, expertes en magie noire, devinant l’avenir dans les cartes ou dans le café. Mais ses anciennes collègues de prison avaient des relations dans le monde puissant des dames quittées par les hommes pour des femmes plus jeunes et lui ont promis de l’aider dans le besoin. Les femmes se rencontraient secrètement, chaque fois dans une maison différente et échangeaient des idées sur comment contrôler les hommes. La plus respectée d’entre elles, était une sœur médicale d’un hôpital psychiatrique qui avait participé dans sa jeunesse à l’effacement des traces de quelques « fous» hostiles au régime politique par la « mort blanche ».
*
Tout semblait aller dans le bon sens, la pratique de la magie noire lui apportait beaucoup d’argent, et le marchand s’occupait de ses petites affaires. Mais, un beau jour une chose imprévisible s’est produite.
Leur amie, l’infirmière de l’hôpital de psychiatrie, est partie à l’étranger où avait épousé un anglais riche, beaucoup plus âgé qu’elle. Deux ans plus tard, il est mort, pas avant de faire son testament. La veuve a pris sa fortune et s’est mariée à nouveau, aussi avec un vieil homme, riche, mais abandonné par les enfants. L’histoire aurait pu sembler une coïncidence si la jeune femme ne se précipitait pas de prendre possession de la propriété. Le fils aîné du décédé, privé de biens, a appelé à une agence de détectives privés. C’est ainsi qu’on avait découvert que la veuve noire tuait ses maris par magie noire. La femme a été déclarée coupable de double meurtre avec préméditation.
En apprenant la sentence, elle s’est révoltée en soutenant que ses anciens conjoints sont décédés heureux.
La mort heureuse par la magie noire est arrivée aux oreilles des policiers roumains qui ont entamé une nouvelle enquête. Toutes les femmes soupçonnées de pratiquer la mort heureuse sont entrées dans l’attention de la police et ce type de pratiques ont été interdites.
*
Désespérée et sans aucun moyen de gagner son existence, Elena a abandonné la magie noire et est allée avec tout ce qu’elle avait au culte de l’Église secrète universelle! Ici, elle a trouvé du respect pour les femmes, de la protection et ce qu’elle cherchait c’était d’avoir du Pouvoir. Cette dernière chose se gagnait plus difficilement, non pas par des paroles rusées, mais par des Actes, comme le Saint Père le demandait.
IIIe Chapitre
Le petit Iosif est enlevé
Petru avait oublié de l’affaire des enfants adoptés à l’étranger, lorsqu’un appel dans nuit l’a réveillé. À l’autre bout du fil, la directrice de l’orphelinat l’appelait d’une voix trahissant le désespoir.
– Monsieur le journaliste, vous avez bien deviné! Les français qui avaient emmené Joseph font partie d’une secte religieuse et, surtout, ils sont soupçonnés de terrorisme. Chaque fois qu’ils sont amenés par les autorités aux enquêtes, ils placent des bombes et envoient des enveloppes avec du matériel explosif. Je ne peux pas vous donner plus de détails par téléphone pour ne pas m’arriver du même. Venez à l’orphelinat rapidement! Nous devons prendre une décision jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard! Le petit Iosif a tous les documents faits pour quitter le pays et doit partir bientôt.
Petru s’est réveillé comme dans un cauchemar, il se sentait très troublé, car il aimait le petit garçon comme s’il serait son propre enfant. Le message de la directrice de l’orphelinat de la petite ville de la Courbe des Carpates lui a rappelé un ancien échange de répliques avec ses nouveaux invités de l’étranger. Il était avec eux dans une bergerie dans les montagnes et buvait du lait de brebis. De la forêt voisine on avait entendu un coup de feu et Luc avait frissonné.
– On pratique le tir chez vous?
Petru a répondu affirmativement.
– Oui, le tir sportif en club, nous avons aussi des champions mondiaux …
– Oh, non, non, je parle de petits clubs pour les gens ordinaires. Vous, par exemple, si vous voulez apprendre à tirer avec votre pistolet, comment faites-vous?
– Seulement si je reçois une arme de chasse. Qu’avez-vous entendu, c’était un coup de feu de chasse, la saison de chasse des lynx est ouverte.
-Peut-on chasser des loups, des ours ou des sangliers?, demanda l’invité français. Moi et David lui-aussi, on a des autorisations de possession d’arme de tir.
– Bien sûr, oui, je vous invite vraiment! Dans nos montagnes, il y a assez d’ours énormes. Mais vous avez besoin d’un permis pour des armes de chasse, pas pour kalachnikov, répondit Petru en riant.
*
La directrice salua le journaliste effrayée, le visage ayant des traces d’insomnie. Son favori, le petit Iosif, était sur le point de partir pour un pays étranger. Certainement pas de retour. La femme le tira de côté et lui chuchota à l’oreille.
– Ce que j’ai découvert par des contournements me fait vraiment peur. Les Français font partie d’une secte religieuse.
Petru essaya de la calmer.
– Nous regardons les fraternités religieuses par les yeux de la propagande communiste. Le diable ne peut pas être si noir. Eux, ce sont aussi des gens, et parfois leur foi dépasse de loin la nôtre!
– Pas du tout, je ne me fais pas peur pour rien. Mais ça reste entre nous, non?
– Je serai muet comme un sphinx …
– Le mari d’une collègue travaille pour le Service de Sécurité. Ils ont des informations secrètes, un rapport sur l’activité de la secte. Leur gourou est venu d’Inde et s’est installé dans les Alpes après avoir pris les armes de son pays. De là, ils se sont répandus comme des fourmis dans toute l’Europe. Dans les orphelinats de l’Europe de l’Est, ils rassemblent des enfants abandonnés qu’ils éduquent dans leur religion comme ils l’ont fait à l’époque turque.
-Vous avez peut-être raison, mais il nous faut du temps, l’avertit Petru.
– Les étrangers tiennent à emmener l’enfant demain, ils m’ont demandé de le préparer pour le voyage. Ils n’admettent aucun retard, ils ont payé beaucoup d’argent pour les avocats et une partie de cet argent est parvenue aux autorités roumaines. Ils veulent tous que l’histoire se termine le plus rapidement possible pour effacer leurs traces.
– Veuillez lire attentivement la loi, vous devez trouver quelque chose, un article, un paragraphe, un autre texte de loi pour les confondre. Allez personnellement devant le tribunal et déclarez ce que vous m’avez dit. Même si vous leur donnez l’enfant, le juge peut les forcer par sentence de justice à vous envoyer des rapports mensuels sur la manière dont il est pris en charge. Demandez ensuite pouvoir lui rendre visite annuellement. C’est humain, non? Demandez autant que vous le pouvez pour parvenir à un accord avec eux et retarder leur départ.
– J’ai essayé de les tempérer, de reporter la journée fatidique, mais leur avocate m’a montré toutes les approbations, y compris celle du consulat roumain.
– Essayez de tempérer l’avocate, expliquez-lui que l’enfant est tombé gravement malade ou qu’il est tellement attaché à ses nouveaux parents en Roumanie et qu’il souffrira terriblement, et pourrait même mourir …
– Elle s’en fiche, je n’ai pas arrêté de le lui demander, mais elle m’a répondu d’un ton méprisant et même agressif, déclara la directrice avec tristesse. « Tu peux te bouleverser, mais le garçon, on le prend de toute façon! La semaine prochaine, on voudra le bébé », m’a déclaré l’avocate. Quoi faire?
Petru regarda la femme d’un air absent. En tant que journaliste, il savait que les grandes idées viennent toujours in extremis. Au petit matin, les pages du journal pour lequel il travaillait étaient vides, les nouvelles manquaient complètement et les imprimeurs criaient qu’on leur donne du travail. Et pourtant, le soir, nous imprimerons le quotidien le plus intéressant et le plus lu!, disait toujours le directeur du journal.
– La bonne chance aide les courageux, l’idée de comment le sauver nous viendra dans le silence de la nuit, pensa Petru. Puis il s’adressa fermement à la directrice:
– Pour l’instant, informez la famille dans laquelle vous avez en placement votre enfant. Approuvez-leur une permission pour emmener le petit garçon en vacances à la montagne. Cependant, il est malade et ne peut pas voyager aussi longtemps en avion. Et l’air frais lui prendrait bien, car il souffre!, déclara Petru gravement.
*
Petru a choisi une solution purement enfantine, car cette fois il n’avait aucune idée de secours. Dans ce cas, l’absurdité de la situation semblait l’emporter au-delà de l’imagination. Il remémora les événements, une famille de roumains et une autre d’étrangers demandent le même jour l’adoption d’un orphelin. L’enfant était déjà en placement dans la première famille, et le tribunal a donné une décision en le confiant à l’autre! Les étrangers viennent avec des adresses du consulat, d’autant plus qu’un ministre présente une résolution déclarant que ce serait un problème d’État!
– Seulement Dieu peut nous aider!, soupira le journaliste en jetant les adresses des autorités à la poubelle.
*
Petru était désespéré, les jeux étaient faits, la décision du juge était pour tous lettre de la loi. Ce n’est pas la première fois que les gens sont sous le joug de l’époque, se dit-il avec résignation, et il a décidé d’aller dans la famille d’accueil pour dire au revoir au petit.
En route, il pensait qu’il aurait encore besoin de l’avis d’un ami ou de son conseil spirituel, mais quoi lui dire? « Le Messie a été envolé de notre pays, et je me suis comporté comme un sot! ». Il a ressenti le besoin de confiance et il est donc allé à l’église du sous-sol où il pourrait allumer une bougie pour l’âme de l’enfant innocent.
À l’Église des enfants, il y avait le père Mihail, le prêtre aux pouvoirs surnaturels, considéré un saint vif, comme on disait dans la ville.
Le père l’a accueilli et lui a donné sa bénédiction.
– Pourquoi es-tu si en colère, mon fils?, devina le prêtre son amertume d’un coup d’œil.
– Père, votre illumination, vous prétendez aider les gens sans chance dans la vie! Ne pouvez-vous pas aider les nôtres, plus précisément notre peuple sans chance ?
– Si un peuple est sincère avec lui-même et suit son destin, oui, bien sûr!, répondit le père à la demande. Petru lui a raconté l’histoire du petit Iosif, l’un des orphelins de la révolution.
– On dit que c’est le nouveau Messie envoyé par le Bon Dieu pour sauver notre peuple, Père, a déclaré Petru à voix basse. Le croyez-vous ou non, l’enfant a de la grâce divine. Né le jour de Noël, sa mère a été fusilée sur le chemin vers la maternité dans une ambulance. On dit que cet enfant est prédestiné à faire de grandes actions dans le pays où il est né.
Le père le regarda gravement, mais un sourire apparut au coin de sa bouche.
– J’avais découvert toutes ces choses bien avant toi! Notre pays est connu comme le nouveau pays de la promesse, mais le salut ne peut venir que d’un être prédestiné et non d’un enfant sans péché. C’est du blasphème, fils. Dieu ne s’est incarné qu’une seule fois! dit le prêtre sans grande conviction.
– Ce n’est pas vrai, s’écria Petru, des étrangers veulent voler notre dernier espoir. Qui peut savoir si cet enfant n’est pas destiné à sauver notre nation?
Le Père dit effrayé quelques mots.
– Dieu est Unique. Il nous demande de croire en un Prêtre et un Empereur. Mais ses merveilles sont incommensurables, mon fils! ajouta le prêtre comme pour lui-même.
*
Petru pensa avec stupéfaction. « Ce prêtre a volé le petit Messie, le garde caché dans le nouveau pays de la promesse, et maintenant il a l’amnésie. » Comme si ses derniers mots transmettaient: «nous sommes un peuple supérieur par la foi, mais nous avions été maudits de ne pas être unis. Mais Dieu fait et défait les choses là-haut, et nous, les mortels ordinaires, nous vaincrons si nous avons de la patience. »
*
Le lendemain, dans la soirée, Peter est allé dire au revoir au petit Iosif, qui était resté avec la famille adoptive pendant quelques heures. Il a frappé fort à la porte, mais de la cour lui a répondu un chien qui aboyait.
– Vous frappez en vain à la porte! Ce matin, un prêtre et trois femmes sont descendus d’une voiture, ont emmené l’enfant et sont partis dans une direction inconnue, lui a expliqué un voisin. Petru avait un indice.
– Comment étaient les femmes?
– Elles avaient des foulards noirs sur la tête et des jupes longues jusqu’au sol. Au début, je pensais qu’elles étaient en deuil, mais elles étaient joyeuses et de bonne humeur.
-Avez-vous entendu un mot, le petit Iosif a pleuré quand ils l’ont emmené?
– Les femmes se nommaient entre elles Sœur et elles appelaient au nom d’un parent, Mihail me semble. Ils étaient très prudents avec le petit. Quand ils l’ont fait monter dans la voiture, la plus jeune, la sœur Elena, lui a fait le signe de la croix trois fois, s’est agenouillée devant lui et lui a baisé les mains. Il vous a dit de ne plus le chercher. Ils sont allés dans une direction inconnue, vers le Pays de la Promesse. Où était exactement ce pays, je ne l’avais pas compris très bien.
IVe CHAPITRE
La vraie histoire du trésor
Petru est allé voir le directeur et lui a parlé de ses trésors.
– Le trésor n’a pas de secret, répondit le grand journaliste. J’ai écrit plusieurs livres sur lui et le russe, la langue dont vous faites des blagues, m’a aidé à déchiffrer l’enquête originale, entièrement écrite en alphabet cyrillique, se moqua le sympathique directeur.
– Mais si les Français retrouvent les traces des dix pièces manquantes, surtout dans le folklore il y a une coupe en or appartenant à Sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin le Grand, découverte par l’impératrice dans la tombe du Sauveur de Jérusalem?
– Ce ne sont que des spéculations, monsieur le journaliste, on sait que Sainte Hélène a découvert les trois clous de la Croix du Sauveur, deux les a donnés à son fils, l’empereur Constantin, qui les a incorporés au bouclier et à l’épée, pour le protéger et le troisième a été donné par l’un de ses petits-fils, Julien, à un roi gothique.
– Mais le trésor n’appartient-il pas au même petit-fils de la sainte impératrice?
– Le trésor appartient à une autre époque, il a été réalisé 20-30 ans plus tard.
– J’ai lu l’étude, cela ne semble pas véritable, si l’historien prétend que le trésor appartient à une autre époque pour ne cacher qu’un secret, car ses arguments sont puérils …
*
Petru conclut qu’il devrait poursuivre ses recherches par lui-même. Il a fait appel à un ancien archéologue, surnommé le Savant, qui est devenu alcoolique, après avoir été licencié. Dans les années du communisme, quand tout le monde avait un travail, il a perdu son emploi et a été envoyé à la pelle. Il a été accusé par un collègue d’avoir caché des pièces d’or trouvées sur le site archéologique où il travaillait.
Le scientifique l’attendait dans le salon avec une bouteille d’alcool sur la table.
-Je vous attends depuis 20 ans, monsieur le journaliste. Ma vie a été gaspillée en vain pour certaines vérités, mais elle vaut plus que ça. Maintenant, je peux me vanter, mais en quoi cela m’aide ?
– Mon cher savant, tu peux faire un geste noble pour la ville et le pays où tu es né. Je pense que cela suffit pour le moment comme préambule à un processus de réhabilitation dans lequel la presse te soutiendra!, déclara Petru.
– Cette vérité que j’ai découverte il y a deux décennies est très dangereuse, répondit le scientifique pensivement. À ce moment, cela ne sert à personne. Les crimes sont prescrits après 20 à 30 ans, et pas après 2 000 ans, comme vous le penseriez.
*
– Lors des interrogatoires, les paysans ont décrit 22 pièces, mais en réalité, seulement 12 ont été trouvées, répliqua Petru. Dans quelles conditions les dix autres pièces du trésor sont-elles disparues?
Le scientifique a ouvert un grand cahier où il a tracé l’itinéraire pour toutes les 22 pièces du grand trésor.
– Qu’on refasse, par conséquent, chaque détail qui manque du dossier. Le trésor a donc été acheté par Verusi des paysans qui l’ont trouvé sous une dalle de pierre dans la carrière de Petra.
– Bien sûr, Verusi a payé une très petite somme. Après l’avoir gardé un an dans la grange de la maison, les paysans ont voulu se débarrasser de lui et l’ont vendu pour un prix dérisoire. Une fois le pouvoir informé, compléta timidement Petru, entra dans le jeu le prince Ghica Mihalache, appelé le Grand Chapeau.
– Oui, le ministre de l’Intérieur, Mihalache Ghica a demandé au cacheur du trésor, c’est-à-dire Verusi, d’indiquer la cachette des dix autres pièces manquantes.
– Le prince Ghica, le frère du souverain, était un collectionneur d’antiquités obsédé, n’est-ce pas?
– Bien sûr, il possédait de nombreux objets en or des empereurs byzantins, il était donc un connaisseur des pièces anciennes.
-Que s’est-il passé à l’embouchure de Câlnău, où la police a découvert les pièces d’or enterrées?
– Mihalache s’était montré déçu, mais en réalité il cachait quelque chose … Son manque de chance était que le professeur Petrache Poenaru et le cinéaste Constantin Steriade étaient présents dans cette enquête. On a trouvé dans une bourse en cuir, la plupart des pièces cachées dans le fond de la rivière. À son départ, le prince a laissé un message pour le pouvoir local et pour la police de Buzau. « Au bout du pont en discussion il faut laisser deux gardiens jusqu’à un nouvel ordre.”
– La statue du milieu de la Patère, la célèbre déesse Cybelle, avait été déclarée perdue à l’époque?
– Oui, elle n’avait pas été retrouvée à ce moment-là, et le prince n’avait ni entendu parler d’elle ni insisté trop. Elle n’a été retrouvée que le lendemain, lorsque les gendarmes sont venus suivre le chantier. Après une série de fouilles inattendues, menées en présence d’un fonctionnaire du Département, C. Stériade, dans la cabine de Verusi on a trouvé la bouchure de la tasse, un important fragment du trésor, et dans l’une des poches des vêtements de Probaca, la statue arrachée du milieu de la Patère.
– A partir de ce moment, Mihalache Ghica s’est déclaré satisfait et l’enquête est entrée dans une impasse, même si le trésor n’avait été retrouvé qu’à moitié. Que s’est-il réellement passé, la curiosité du collectionneur-ministre a-t-elle cessé de fonctionner ou il y avait un autre enjeu?
– La grande découverte que tous espéraient, pour laquelle le professeur d’antiquités et les responsables appelés à appliquer la loi, ne s’est jamais produite. Verusi a demandé une réunion particulière avec le prince et à partir de ce moment-là, rien n’allait plus être comme avant.
– J’aurais donné tout l’or du monde pour avoir assisté à ce dernier interrogatoire. Après la discussion, le professeur d’antiquités a avoué que le prince était parti précipitamment. Il semblait cacher quelque chose. La partie inconnue du trésor ne l’intéressait plus, du moins comme ça il semblait à l’époque.
*
– J’ai repris plusieurs fois les deux enquêtes, et les conclusions se heurtent l’une contre l’autre, avoue le Savant au jeune journaliste. La deuxième partie de l’enquête est beaucoup plus précise et a été instrumentalisée par des responsables locaux, de rang inférieur, mais consciencieux et désintéressés.
– La deuxième partie de l’enquête est-elle digne de foi?
-Ghica a même demandé d’arrêter la recherche, mais l’enquête s’est poursuivie. Les documents sont pertinents, le gendarme Barbu Constantinescu Paşol, posté au pont de Câlnău, a annoncé à ses supérieurs que deux Grecs du chantier se seraient enfuis à Brăila, et un autre, Cristea, avec les signes « nez long, aveugle d’un œil », « vêtu de pantalons en tissu, veste sans mangues en étoffe et fourrure, avec une casquette sur la tête et un pistolet albanais», se serait dirigé vers Buzău. La police a organisé une « toile d’araignée » dans tous les bourgs et on a arrêté Cristea. D’autres comme lui, Vasile Orzan, Ghiţă Solomon et Matei Ialomiţeanu, soupçonnés de rencontres suspectes dans la maison du boyard Dumitrache ont été arrêtés et leurs maisons ont été fouillées. Aucune piste n’a encore été trouvée. Un témoin accidentel a dirigé l’enquête dans la bonne direction.
« Pour moi, tout est clair », dit d’un ton énigmatique le Savant. Un témoignage de la deuxième partie de l’enquête d’un personnage involontairement découvert nous dit comment une enquête est finie même avant de commencer.
– Les preuves du dossier sont incomplètes, d’ici il y a une trace qui ne conduit nulle part.
– Et voilà la preuve des preuves, poursuit le scientifique avec enthousiasme, à la page 15 du dossier de Buzau: le 8 août de la même année, la police de Buzau a arrêté à Bucarest un individu qui n’avait pas entendu du trésor, Toader, le charretier du boyard Dumitrache. Sur lui, on a trouvé « deux petits morceaux en or » et « une pierre verte », qui provenaient toutes du trésor. La police a procédé à un interrogatoire, une ainsi-dite surveillance « silencieuse » sous l’observation du préfet, mentionnée dans le dossier.
Le charretier Toader fait référence à la visite effectuée par les deux accusés au manoir d’un grand boyard de la famille régnante, le grand trésorier Alecu Ghica.
– Lisez la traduction, dit le Savant.
– « Le matin, lut Petru sur un brouillon, ils allèrent tous les deux, le boyard Dumitrache et le chancelier Vasile Orzan, en charrette à Stâlpu, arrivant à la porte du grand trésorier Alecu Ghica, où j’ai vu le chancelier Vasile Orzan sortir un objet enlevé en papier qu’il a mis dans un sac du cheval et l’a laissé dans la charrette et ils sont tous les deux entrés dans la maison à l’étage ; j’ai fouillé dans le sac et j’ai vu quelques objets en or ornés avec des pierres précieuses. Après qu’ils en soient sortis, ils sont allés au bureau de poste de Poșta Câlnăului, d’où ils ont pris des chevaux de poste et tous les deux sont partis pour Bucarest avec toutes ces choses chères, d’où ils ne sont jamais revenus ».
– Les choses sont bien claires, dit le Savant, la moitié du trésor a été volé par une personne du clan Ghiculeşti. Plusieurs pièces de la série de celles incrustées de pierres précieuses avaient définitivement pris la route de Bucarest, mais en passant par la porte du „grand” trésorier Alecu Ghica, de Stâlpu. Lorsque Mihalache Ghica lit la déclaration prise au charretier et se rend compte que dans l’affaire du Trésor, un homme du clan Ghiculeşti est mélangé, le grand trésorier Alecu Ghica, surnommé le Grand Chapeau, propriétaire de grands domaines dans le comté de Buzău – à Stâlpu, Cândești et Sătuc. Le boyard Dumitrache, personne clé dans ce dossier, n’est plus remis en cause. Il a été emprisonné, „non jugé et non enquêté” et il sera bientôt complètement libéré. Il aurait pu être tué en prison, comme les autres acteurs, mais il serait libéré rapidement.
– Que savait-il et n’apparut pas lors de l’interrogatoire ? Ou plutôt, d’où provenaient les pièces qui avaient pris la route de la capitale ?
– Je voudrais savoir la réponse ! Le 4 mai 1839, après un procès visiblement mis en scène, le «Tribunal correctionnel» prononce la sentence no. 26. Ils sont traités avec clémence et exonérés. En échange, Verusi, ainsi que tous ses complices, les paysans George et Achim Baciu, comme des « cacheurs », seront humiliés par le châtiment de 30 coups de fouet.
Stan Avram et Ion Lemnaru sont morts en prison avant leur procès dans des conditions suspectes. Gh. Frunză Verde, le preneur de bail qui avait découvert la vente du Trésor, décède en 1857 dans son village natal, comme boyard de second rang, comme il l’avait été en 1838, le boyard Dumitrache, intermédiaire et complice de Verusi, se retire paralysé par la goutte au milieu des vignes à Ghizdita-Zărneşti.
– Donc, Verusi aurait fait fondre les 10 morceaux non récupérés. Mais, en échange du pardon, il a renoncé au trésor en faveur d’un autre homme de la famille Ghica, Alecu Ghica, concessionnaire de la route de la poste sur laquelle se trouvait le pont. Et puis le ministre, Mihalache Ghica, a porté le secret avec lui dans la tombe.
*
– À quoi ressemblaient les 10 pièces manquantes du trésor « La poule aux poussins d’or », demanda naïvement Petru?
– Nous n’avons que les témoignages des découvreurs et partiellement des témoins. Ion Lemnaru parle de cinq boucles, des fibules. Lorsqu’il a décrit la grande boucle, sous forme d’un faucon, il l’a décrite comme « un grand oiseau qu’on imaginait être la poule et les quatre autres, les poulets », « La poule aux poussins d’or » des contes de fées qui circulaient au pied de la colline Istriţa.
– C’est une question posée par tous les chercheurs du trésor, répondit le scientifique. La disparition du Collier avec inscription est de loin la perte la plus importante. L’autre, la bague avec inscription, mutilée par l’intervention du bijoutier complice du voleur Pantazescu, a été photographiée et dessinée plusieurs fois, y compris les dessins de ceux qui accompagnaient le Trésor à l’Exposition mondiale de Paris. Il existe également une copie galvanoplastique. Si nous étions en possession du collier et de l’inscription perdue, nous parlerions autrement du Trésor. Heureusement, j’ai prouvé que ce collier existe, mais celui qui le tient refuse de le révéler.
Afin de savoir à quoi ressemblaient les dix pièces manquantes, on a des infos édifiantes dans la déclaration de Ion Lemnaru prise le 16 juillet 1838 par Petrache Poenaru et Pantazi Popovici. Deux pièces disparues, une boucle, un collier et une assiette large comme le bas d’un chapeau ont attiré mon attention.
« Une boucle ou un large cercle comme le bas d’un chapeau, deux doigts de hauteur, et à l’extrémité la plus épaisse il y avait également des lettres qui ne pouvaient pas être lues et se fermait avec une petite langue sans pierres » c’était la paire du célèbre collier aux lettres gothiques du «Saint Trésor gothique ». La deuxième pièce est décrite comme « une assiette traditionnelle ou un plateau rond et grand comme le bas d’un chapeau avec des dessins, des « visages ».
– Qu’est-ce qu’il y avait écrit sur le collier volé?
– Sur le collier disparu dans l’empire il y avait marquée une malédiction du dieu Odhin. « Le découvreur de ce collier, qu’il soit maudit lui et toute sa famille, et qu’il subisse une mort violente, loin de chez lui. » Les chevaliers gothiques qui ont fui Gotland sur deux navires au siècle de la naissance de Jésus ont emmené leurs familles et leurs enfants avec eux afin que la malédiction ne se réalise pas. Cependant, leur nation a parcouru l’Europe pendant mille ans à la recherche d’un pays et d’une terre qui lui appartiennent, mais elle n’a pu s’installer nulle part.
Ve CHAPITRE
L’Évangile du Royaume
Petru est venu dans cette sainte congrégation souterraine, se glissant inaperçu par la porte arrière.
– Le Bon Dieu a voulu choisir, de tous les peuples, le peuple le plus humble, le plus cruellement attaqué par l’hostilité des plus puissants. Souvent exploité, menacé, envahi, terrorisé, vendu et acheté, celui qui, dans presque toutes les guerres, c’était le marché de bonnes affaires pour ceux qui combattaient. L’amalgame de l’apparence particulière de ce peuple englobe les vertus les plus choisies de chaque nation, celles qui se sont assimilées à son âme pleine d’amour et d’humanité; c’est un peuple accueillant, affichant un aspect éduqué et agréable, afin d’être une parabole de fusion universelle avec les qualités divines, avec une raison juste et une foi admirable. Le peuple roumain est aussi le peuple le plus apte au monde, grâce à sa compassion et à son amour altruiste, à offrir à sa façon l’hospitalité matérielle et spirituelle à tous les peuples de la surface de la terre, dit d’une voix forte un vieil homme aux cheveux blancs et à la barbe jusqu’à la ceinture.
*
C’était la réunion annuelle de l’Ordre de la Fraternité Visarioniste, un groupe chrétien avec des préoccupations milésiennes et ceux qui n’avaient pas la Carte de passe pour les Cieux étaient de retour à la porte. Petru observait ce groupe de chrétiens avec un intérêt professionnel après qu’un messager du centre, la Sœur Elena, ait tenu une conférence qui avait bouleversé toutes les communautés chrétiennes de la ville, y compris celles qui étaient au courant des Saintes Prophéties.
« La fin du monde est proche, c’est un problème de mois, voire de jours et les chrétiens vivent pire que les païens! Le feu prendra la terre et le diable se nourrira des âmes des incroyants „, avait-elle crié lors de la dernière rencontre.
Petru était familier à de tels messages transmis au hasard, car ils alimentaient la cohésion du groupe et faisaient les disciples plus dociles et plus proches de la foi et de bonnes actions! Il se souvenait qu’un ami se plaignait d’avoir des problèmes familiaux depuis qu’une tante s’était inscrite à cette confrérie ultra-orthodoxe il y a quelque temps.
– Comment pourrais-je me rendre à une réunion secrète de fraternité?, demanda-t-il à son ami Corneliu.
– Rien de plus simple, répondit-il. Tante Maria est constamment à la recherche de nouveaux adeptes qu’elle veut convertir et présenter à la fraternité, mais sans succès. Pour chaque âme achetée, le frère ou la sœur reçoit un nouveau timbre sur la Carte pour les Cieux. La tante a réussi à faire quelques prosélytes, mais ils en sont partis en la jurant et lui disant «mendiante». À sa manière, c’est une petite mendiante, mais une bonne mendiante, des profits qu’elle reçoit, 90% les partage avec les pauvres.
– En effet, réfléchit Petru, je n’ai jamais rencontré jusqu’à présent un mendiant qui partage l’aumône avec ceux de la même classe!
Petru rappela à Cornelius leur première conversation quand ils rirent aux éclats.
– Il faut convertir d’autres pour recevoir un tampon sur la Carte?
– Ce n’est pas une simple figure de style, commenta sérieusement l’ami de Petru. Je ne plaisante pas, je vous dis ce qui s’est passé! La vieille femme semble gentille et bienveillante, mais elle met tout sort d’idées dans la tête de mes enfants. Cela a créé de gros problèmes dans ma famille. Elle trouble les enfants avec toutes sortes de bêtises, que le diable serait dans la télévision et qu’ils ne devraient pas regarder la télé, qu’ils devraient se repentir, car la fin du monde approche. Tout cela semble de petites idées imbéciles dites par une vieille femme, mais si elle les répète tant de fois, tu finis par y croire. Je l’ai menacée avec la police, mais elle ne finit pas. J’aurais dû être franc depuis le début, mais maintenant c’est un peu tard. Je vais enregistrer toutes ses conneries et comment elle essaie d’influencer mes enfants que s’ils ne se repentent pas, ils arriveront dans la chaudière du diable et je la remettrai à la police. Les enfants sont mineurs et ses actions ont des connotations criminelles.
– Tu veux juste lui faire peur, pas lui faire du mal, hein?
– Je n’exclus pas que je lui fasse du mal. Elle est obsédée par le fait qu’elle ne peut pas compléter sa Carte avec les timbres de bonne conduite et qu’elle ne sera pas reçue au Paradis. Elle est convaincue qu’elle n’a pas le nombre de timbres nécessaires pour une place à la table des croyants et qu’elle sera assise à l’arrière, à côté de la chaudière du diable!
Curieux comme tout journaliste, Petru lui a demandé de lui faire connaissance avec la vieille femme chez elle même. Gaie et accueillante, elle l’a accueilli sur le seuil de la porte comme un frère prodigue qui rentre chez lui après de nombreuses années loin de sa famille. Les deux chambres dans lesquelles elle vivait étaient propres et confortables, avec des géraniums rouges à la fenêtre et les planchers couverts de tapis traditionnels de l’Olténie, son dot de mariée.
Petru a été invité à une table pleine de bougies et il y avait de nombreuses icônes sur le mur.
– J’ai entendu parler de vos actions, sœur Maria, emmenez-moi à une réunion pour rencontrer le prêtre, un saint vivant, comme on dit dans la ville.
– Ce n’est pas possible, mon fils, refusa la sœur Maria, seuls ceux qui ont des cartes viennent à la réunion, les novices doivent attendre trois ans.
Petru a pris un Psautier à couverture rouge de la table, y a mis trois billets de mille lei (monnaie roumaine) et a juré qu’il ne dirait rien.
– C’est de l’argent pour les aumônes, je sais que vous le donnez aux pauvres, sœur Maria.
– Je ne le reçois pas, le Bon Dieu me voit, pleurnicha la vieille femme qui avait pris le saint livre et le feuilletait.
– Je vous jure sur tous les saints, je ne dirai rien à personne. Je veux seulement connaitre le Prêtre, je sais qu’il est clairvoyant et qu’il vit une vie de saint, dit Petru sûr de lui.
– Attends, changea de ton la vieille dame, tu as mis le don où il faut, écoute ce que le prophète David y dit : « les riches sont devenus pauvres et affamés, mais ceux qui cherchent Dieu ne resteront loin de sa miséricorde. »
*
Sœur Elena avait l’air flattée, trop de personnes accusaient les frères d’être des membres d’une secte d’errants. Le nouvel invité, habillé un peu négligent, était beau et avait un regard attentif.
-Nous devons demander l’acceptation du Saint Père, déclara la sœur Maria, à la porte du Paradis il nous accueillera à côté de Saint-Pierre, son parrain.
La Sœur Elena l’a mesuré encore une fois de la tête aux pieds et l’a invité à entrer.
– Demande à un frère de venir pour le conduire à la porte secrète!, dit-elle avec autorité. Elle a pris de côté le jeune homme d’un âge incertain et lui a dit doucement, mais assez fort pour que l’invité l’entende.
-Vous conduisez le monsieur et gardez un œil sur lui.
*
La logique de Petru fonctionnait correctement. Plus que dans d’autres groupes religieux, les frères étaient conseillés de faire de bonnes actions et d’attirer le plus d’âmes possible.
-Ne vous approchez pas trop du chaire, le conseilla le frère, le père est clairvoyant, il a des qualités qui se polissent par la méditation et la vie sainte, il sentira que vous ne partagez pas sa piété et il vous demandera de vous éloigner.
« Quoi qu’on dise, médite Petru, le père est un parfait psychologue ! Je n’abandonnerai pas, je méditerai avec détachement et je regarderai dans le vide, en tant que novice, en tant que débutant, ou mieux je ferai un exercice de yoga, sinon on nous enverra tous les deux dehors! »
*
– Le temps est venu, frères chrétiens, le temps révélé par Dieu, d’être miséricordieux, de faire notre devoir de bons chrétiens et de sauver nos semblables des péchés par le jeûne et la prière. Écoutez et dites aux autres, une fin tragique, une mort dangereuse menace l’homme et toute l’humanité. Le Livre Saint dit à ceux qui ont des oreilles pour entendre qu’à la fin, la mort anéantira des milliers et des millions d’âmes par guerres, famine, maladies, incendies et tremblements de terre.
Le vieillard qui était devant Petru, pâle, affaibli, aux cheveux blancs, avait un air pénitent. Le Saint, comme l’appelait ses proches, avait été un homme d’action dans sa jeunesse. Les cartes pour les Cieux on les donnait uniquement à ceux qui avaient fait des actes de bénévolat et avaient aidé „les moins chanceux dans la vie”.
– Le vieil homme, lui avait dit Corneliu, avait subi des années d’emprisonnement, mais dans le prison il avait également reçu le don de la voyance.
-La vague athée a fait tomber beaucoup de gens. Pour moi, c’était juste un signe d’en Haut pour punir ceux qui croyaient en une vie de plaisir. Car le Bon Dieu a oint le monde par des pêcheurs, pas par des prêtres, des moines ou des théologies, disait-il chaque fois qu’il parlait de son passé. Le jeune moine s’est opposé à la clôture du monastère et a refusé de travailler dans la fabrique de vises de la ville qui ne se trouvait pas très lois du monastère.
À différence des autres frères, il s’est fait un Saint Autel à la maison, où il a tranquillement médité et prié le Bon Dieu de lui donner le pouvoir de se battre avec les athées. Toute sa vie a été une guerre constante. De la prison, il sortait directement dans la rue, et les engagements pris à la sortie ne les avait jamais respectés « Donne-moi, Mon Dieu, le pouvoir de vaincre le Dragon de l’incrédulité et sauver la terre de la bête de l’anarchie. »
Le jeune moine a parcouru le pays avec son petit sac sur l’épaule, et là où il est passé, il a laissé une trace de la foi du Seigneur.
– Pour lui l’Ère de l’incroyance fut un temps héroïque, où les faibles tombaient sous le joug de l’époque, tandis que les forts sonnaient la victoire.
« Le moment de montrer notre foi au monde est venu, suivant l’exemple du sacrifice des premiers apôtres », confessait-il chaque fois qu’il quittait sa modeste chambre qu’il avait louée.
Le Frère Visarion a prêché l’Évangile du Royaume dans les banlieues des grandes villes, accueilli du jour au lendemain par les gens pauvres, miséricordieux et généreux .
À chaque fois, des informateurs payés l’ont rapporté à la Sécurité et il a été emprisonné et battu avec cruauté. Mais il recevait avec plaisir les punitions, comme un don de Dieu pour l’expiation des pécheurs.
Les enquêteurs étaient confus, le pauvre moine expiait sans protester les punitions et réprimandait les bourreaux. Il parlait du monde d’au-delà et des chaudières de l’enfer qui attendent ceux qui ne croient pas au Bon Dieu.
Humbles, les tortionnaires le traitaient avec pitié et le chassaient, pas avant de le forcer de signer une déclaration selon laquelle il ne traverserait plus leur ville.
De ses pèlerinages, le Saint Père avait compris que la vraie foi croît dans les maisons des nécessiteux et des démunis. « Seuls les pauvres me reçoivent avec amour fraternel et m’offrent un abri », a-t-il avoué.
Il était devenu un personnage dangereux, mais la Sécurité a estimé qu’il était temps de le faire se retirer. On a fait appel aux anciens de l’église qui l’ont déclaré hérétique et on allait le chasser. Mais la foi du père avait traversé les frontières du pays, et sa clairvoyance avait attiré de nombreux adeptes.
Il avait réuni autour de lui un millier de disciples qui voulaient suivre son modèle de faire des actions chrétiennes. Ils couraient les hôpitaux, les asiles et les orphelinats où ils soulageaient les souffrances des malades et leur offraient des icônes et des cadeaux sacrés.
Le jour J approchait, car le prêtre devait être défroqué et chassé par ses collègues de l’église. Il a ensuite révélé une arme secrète, empruntée à l’idéologie de l’époque. La femme doit être égale à l’homme, non seulement dans la vie quotidienne, mais aussi dans l’église, prêchait-il. Elle a le droit de servir dans l’Église comme tout prêtre. Hérésie totale, ont déclaré les anciens de l’église, mais le Très Saint a gagné les Cieux, car il s’était entouré d’un mur vivant, «de mille femmes disciples».
*
Devant la modeste maisonnette dans la cour du monastère, un bâtiment de style néo-roumain, il s’était formé une queue comme un serpent. Beaucoup de gens de tout le pays, des croyants modestement vêtus, mais optimistes et joyeux, attendaient avec impatience d’être reçu par le Saint Père. Ils étaient venus confesser leurs péchés et être pardonné et bénis par un saint vivant. C’était la Semaine Sainte où chaque homme pieux déchargeait son sac d’erreurs et de péchés, commençant des querelles avec sa femme, jusqu’aux disputes avec les voisins. Même les pensées cachées n’étaient pas négligées, qui étaient aussi de lourds péchés et pour être pardonné il fallait subir de nombreux jours de jeûne et d’obéissance.
À la porte de la petite maison, sur un banc, une vieille femme lisait à haute voix un livre orange. « Aie pitié de moi, ô Dieu, dans ta grande miséricorde, lave mes erreurs et purifie-moi de mon péché ! » Sa voix sérieuse et déterminée était parfois imposante. Petru la regarda attentivement. Entre les couvertures du livre se trouvaient les psaumes du roi David, le premier mortel, qui avait crû en un Dieu puissant et unique. Les péchés de la femme semblaient lourds, mais elle demandait impérativement au Grand Maître de l’absoudre et de la sauver. La scène semblait floue, le ton dominant de la femme en priant à son Maître, Tout-Puissant et Immortel, faisait partie d’un code religieux qu’il ne comprenait pas.
La Sœur Maria fit un signe de son coude et dit doucement.
-Le Père Saint veut des faits, pas de paroles ! La Sœur Aurelia a fait des avortements pendant la Semaine Sainte dans sa jeunesse et exige maintenant qu’elle soit libérée du péché. Cependant, le Père Saint n’est pas satisfait de simples prières de pardon. Il lui demandera de prendre soin d’un enfant de la rue, nourrir un orphelin ou préparer du pain saint pendant des années !
Ma compagnonne religieuse a sorti un petit cahier avec le visage de la Vierge Marie et l’a montré au peuple. Comme à un signe, tout le monde s’est retiré à distance de nous. La Sœur Aurelia sourit fièrement.
– C’est ma carte d’entrée, j’ai besoin de quelques timbres pour être reçue au Paradis. Je veux entrer la première. Qui a plus de tampons que moi peut passer devant moi, qui n’en a pas, non! Le monde était révolté. « Nous faisons la queue depuis la nuit dernière! Honte! »
En vain tentèrent les autres sœurs de les calmer, accompagné par le jeune homme, Petru entra chez le Saint!
– Saint Père, il est venu le reporter dont je vous avais parlé, Petru s’appelle, il a un nom saint et il veut se confesser!, dit la femme avec désinvolture.
– On ne va pas faire d’interviewe, a déclaré le vieil homme résolument, il y a beaucoup de gens en difficulté à l’extérieur, je lui accorde quelques minutes!
Petru s’approcha et le mesura professionnellement, le photographiant de la tête aux pieds. Devant lui il y avait un vieil homme simple, un peu négligé, mais jovial et gentil. Il avait un visage osseux, un front plein de rides, des signes d’une profonde sagesse ou peut-être d’une vie désordonnée et en péché.
– L’humanité est pleine de pécheurs et de paresseux, jeune homme. Ils donneraient beaucoup d’argent pour être pardonnés, mais personne ne veut faire un tout petit effort pour le pardon des péchés, avoue le vieil homme.
Petru hocha la tête en approuvant.
– La méditation et la prière doivent être laissées aux moines et aux ermites, commente le vieux moine comme pour lui-même.
Petru laisse libre cours à ses idées.
-Vous avez raison, Saint Père, moi aussi, j’ai connu le comportement chrétien couvert du manteau sacerdotal. Les serviteurs du Seigneur cultivent souvent le péché, et leur richesse incommensurable est témoin de cette attitude. C’est peut-être pour cela que le croyant d’aujourd’hui est détendu, paresseux et lâche. Dans les moments difficiles, on te laisse tout seul !
*
Son point de vue semblait fondre le cœur du moine et lui lever la balle au filet. C’était probablement le talon d’Achille, son deuxième point faible, d’après des études théologiques inachevées.
– Mon Père, je l’avoue, je ne crois pas trop aux prêtres, j’ai récemment eu une expérience qui a renforcé mes convictions. Beaucoup de jeunes deviennent prêtres sans en avoir le désir, non par conviction ou par foi, mais pour mener une vie tranquille et riche. Vous connaissez l’opinion du peuple, le prêtre est celui qui se repose six jours par semaine, et le septième jour, le dimanche, il chante! Jésus Christ n’aimait pas non plus les prêtres!
Le visage du Père s’éclaircit, ses yeux clignotèrent rapidement. L’ancien moine qui n’avait pas été oint prêtre, demandait aux paroissiens de changer les paroisses aussi souvent que possible. Petru ressentit une secousse approbatrice, pleine de chaleur humaine.
-Ce que tu me dis que tu es vrai. C’est la maladie de notre orthodoxie. Elle tient les moutons dans un troupeau, ne laissant aucun mouton errer et entrer dans le troupeau de quelqu’un avec plus d’approche au Saint-Esprit. Et c’est le malheur des pauvres moutons, si le berger est dépourvu de grâce divine!
-Les moutons vivent comme en captivité, poursuit Petru, les pensées du Père. Je connais beaucoup de croyants qui refusent d’aller à l’église à cause d’une prêtresse aux ongles rouges, aux cils peints ou d’un prêtre qui chante faux!
– Pourquoi ne pas aller à une autre église!” Nous ne parlons que des droits de l’homme, le chrétien doit être libre de choisir le prêtre en qui avoir confiance!
– J’ai un ami, c’est un historien comme profession, poursuit Petru sur le même ton, qui dit que l’église est notre seule institution médiévale et vieillie. Vous, Frère, vous permettez aux sœurs de vous laver les pieds, comme elles le feraient pour un évêque?
Le père devint décontracté et joyeux.
– Nous, dans la Confrérie, nous sommes différents, la femme a été placée dans ses droits naturels. Pour rien nous parlons d’égalité, si elle ne peut pas avoir accès à la sainte grâce. Permets-moi de te dire un secret, mon fils, moi, à l’aide des femmes je peux garder le troupeau obéissant. Elles sont plus intelligentes que les hommes, elles ont peut-être plus de péchés, donc leur intuition peut glorifier l’Empire céleste!
-Je crois que les oints de Dieu devront laver les pieds du troupeau qui les nourrit! Ne faites pas ce que fait le prêtre, faites ce que vous dit le prêtre! c’est le signe de la perte d’une foi, dit court Petru.
*
Malgré l’approche rapide entre les convictions des deux hommes, Petru a été contraint de continuer le jeu.
– C’est le moment d’avouer! Vous avez commis de nombreux péchés ?, demanda le prêtre en s’agenouillant et le plaçant de force sous son manteau de prêtre.
– J’ai beaucoup de péchés, Père, je déteste les collègues, j’ai des disputes avec les chefs et je jure devant mes amis …
Le prêtre sembla confus pendant un moment.
– Autre chose?
– Je bois, je fume, je jure et j’ai des relations hors mariage!
Le père prit le jeu et dit:
-Vous allez à l’église pour avouer, avez-vous jamais avoué vos péchés? Je ne prierai le pardon de Dieu que si on fait des actes, les paroles, même pleines de grâce, ne sont que de simples paroles.
Petru sortit avec honte la tête de sous le manteau sacerdotal. Quels sentiments aurait eu l’homme d’en face il y a quatre décennies lorsque l’organe pervers sentait la finesse de la joue d’une adolescente!
« Peut-être pour cela, le moine a renoncé au désert et à la méditation de la grotte, pour une vie chrétienne troublée!
Le père a deviné la pensée du journaliste d’investigation, prédisposée à tout moment à des scénarios des plus apocalyptiques et est revenu à son propre registre.
-Tu es un bon reporter, mais tu ne crois pas au Dieu! Ne pense pas que tu aies perdu du temps avec moi, je te libère de tes péchés. Si tu fais une bonne action tu seras libéré de tous tes péchés et tu commenceras une nouvelle vie, déclara le Saint Père.
Petru ne dit rien, mais il avait érigé une barrière entre eux.
– Mon fils, tu ne crois pas au Bon Dieu, cela se voit sur ton visage, tu as beaucoup de péchés, que tu refuses d’ avouer!, répéta le père.
– Mais Dieu ne travaille que par ses élus ou par des enfants!, déclara Pierre avec détermination.
– Par les enfants, surtout!
– Je voudrais m’occuper d’un enfant, Père, Adeodatus, par exemple, le messager de Dieu!
Le père ouvrit largement les yeux:
-Ce sont des mots durs, mon fils …
– Où se trouve Adeodatus, Père?”, lui demanda fermement Petru.
*
Le père semblait s’attendre à une telle question. Il ouvra le Livre Saint et lut: „Et au sixième mois, l’ange Gavriil fut envoyé de Dieu, dans une cité de Galilée, dont le nom était Nazareth, chez une vierge fiancée à un homme nommé Joseph, de la famille de David; et le nom de la vierge était Marie. Et quand l’ange entra chez elle, il dit : Réjouis-toi, toi qui es pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. Heureuse es-tu parmi les femmes. Et quand elle l’avait vu, elle s’était senti troublée par sa parole et avait pensé: Quel genre d’adoration peut être celle-ci? Et l’ange lui dit: Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et voici, tu seras enceinte, et tu auras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Et il sera grand et le Fils de Dieu sera appelé, et le Grand Dieu lui donnera le trône de David, Son père. Et il régnera à jamais sur la maison de Jacob, et sur son royaume il n’y aura pas de fin. Et Marie dit à l’ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme? Et l’ange répondit en lui disant: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Saint te couvrira de son ombre; c’est pourquoi le Saint qui naîtra de toi, le Fils de Dieu sera appelé. Et voici, Élisabete, ta parente, a aussi conçu un fils dans sa vieillesse, et c’est le sixième mois pour elle. Car rien n’est impossible avec Dieu. Et Marie a dit: « Voici la servante du Seigneur. Que ce soit comme tu dis! Et l’ange s’est éloigné d’elle. »
*
– Je te donne un conseil amical, jeune homme, dit gravement le Père Saint. Oublie ce bébé! Seulement les visages sans péché ont accès à lui. Un jour tu me remercieras pour ce conseil! Mieux vaut creuser la tombe d’un mendiant ou veiller sur la fin d’un mourant abandonné. Médite à leurs âmes parties pour les cieux, et le Bon Dieu te donnera la sagesse du monde et te libérera des péchés de la terre! Nous prenons soin d’Adeodatus, il est en toute sécurité et reçoit tout l’amour.
*
Petru est sorti de la maison du vieil homme avec un sentiment de fierté. « L’enfant divin vit parmi les frères, il sera élevé par des personnes à âme chrétienne. Que demander de plus, il est bien soigné et pour lui c’est bon! »
Derrière lui, la sœur Aurelia se réjouissait. „J’ai réussi à voler un fil de la barbe du Saint Père. Je vais le mettre au miroir et dans des années, les frères me mettront un nouveau timbre pour les Cieux! »
Vie CHAPITRE
Le pays de Luana
Petru se rendit en toute vitesse chez le célèbre historien Sebastian Vrânceanu.
– En déchiffrant le passé, nous percevrons les lumières de l’avenir, n’est-ce pas, mon cher ? dit-il joyeusement.
– Certainement, si nous adoptons cet esprit de l’histoire, sine ira et studio, sans colère et surtout sans parti pris, a répondu l’historien.
– De mon dialogue avec toi, j’ai compris que les hommes se déplacent dans les espaces planétaires et interplanétaires et se rendent divins les uns les autres. C’est ainsi qu’il y a 6000 ans, la princesse Luana est apparue en ces lieux ? poursuit Petru, plus rassuré.
– Luana était l’homme providentiel pour Montéorénia, pour le peuple de Montéorénia, mais ses idées se sont heurtées à la manque d’ouverture des gens de ces lieux, dit Sébastien.
– D’où était venue cette princesse dans notre pays ? s’étonna Petru.
– À cette époque-là, il n’y avait pas de frontières ni de barrières, les gens allaient et venaient à travers les mers, d’une rive à l’autre. La princesse Luana vivait sur les rives de la Méditerranée, dans l’actuelle Afrique du Nord. Son pays était alors béni des hommes et des dieux, mais l’esprit d’aventure faisait qu’ils ne se sentaient pas liés à un territoire particulier et qu’ils voulaient errer librement comme les aigles du ciel…
– C’était donc une princesse d’une famille royale, une princesse sumérienne arrivée par un malheureux hasard au Pontus Euxin. Elle était à la recherche de la laine d’or, une légende séculaire des premiers Sumériens, reprise plus tard par les Grecs. La laine d’or existerait dans les monts Karpatos où les eaux auraient mis à jour une pierre multicolore, cet ambre précieux d’une beauté inégalée, et des pépites d’or mêlées à des pierres précieuses.
– Comment sont-ils arrivés sur ces terres, sur la terre de Montéorénia?
– Ils ont navigué sur trois navires depuis l’Afrique du Nord jusqu’à la mer Noire pour trouver la laine d’or. Son navire s’est échoué à Tomis. Les barbares cruels du Pontus Euxinus l’ont emmenée en esclavage. Les habitants de Tomis la vendirent comme esclave au pays de Mioritza. La princesse pouvait deviner l’avenir dans les restes des oiseaux sacrifiés et dans les étoiles, mais elle savait aussi écrire sur des parchemins.
– Les habitants de Montéorénia représentaient une civilisation avancée, comment ont-ils réagi à la vue de la princesse noire comme l’ébène ?
– Ils étaient artistiquement supérieurs aux Sumériens, ils aimaient décorer leurs pots d’argile, leurs maisons étaient belles et bien alignées, et ils formaient ensemble de petites villes. Mais ils ne connaissaient l’esclavage que sporadiquement, car ils travaillaient leur terre en toute fraternité. La terre était fertile et le gibier abondant. Ils avaient le culte des enfants.
– Comment la princesse a-t-elle été accueillie ?
– Ils l’ont accueillie comme une déesse venue d’un autre monde. Luana était émerveillée par les progrès de ce peuple, mais elle s’est rendu compte que leur nation était entrée dans une impasse historique. Car ils étaient bien trop à l’aise, alors qu’aux confins de leur vaste territoire, d’autres nations se préparaient dans des batailles sanglantes à les conquérir.
– La princesse Luana venait d’un autre monde, plus civilisé. Les Sumériens venaient de découvrir l’alphabet.
– A bien des égards, les habitants de Montéorénia étaient supérieurs aux Sumériens, mais hélas, ils manquaient d’esprit d’aventure. Car ils s’occupaient surtout du travail de la terre et des tâches domestiques au détriment de la réflexion, de la fabrication d’armes et de la guerre.
– Luana comprit que les jours de ces beaux et fiers habitants de Montéorénia étaient comptés, car leurs dieux étaient sur le point de les abandonner. Elle comprit aussi qu’elle seule pouvait leur ouvrir une nouvelle voie, car ses dieux étaient plus forts et plus habiles. Au moins pour un temps, le Grand Soleil, vénéré par les marins, réveillerait leur esprit d’aventure. Elle donna un sens à leur existence, ouvrit une voie et fonda une nouvelle civilisation.
– Luana a fait une révolution en Montéorénia, n’est-ce pas ?
– La princesse Luana a fait une révolution à sa manière, car elle a construit des temples dédiés au Dieu brillant, a ordonné la destruction de tous les fétiches, a exigé que chaque tribu ait un territoire défini, un chef unique et un étendard unique.
– Son échec a été total, comme le confirment les découvertes des archéologues, poursuivit Petru, avec timidité.
– On ne peut pas parler d’échec, car le peuple de Montéorénia a perduré pendant plusieurs centaines d’années et a vénéré Luana pendant des générations. La princesse n’avait pas réussi à les rendre plus guerriers, mais elle les avait rendus plus sages. Ils se sont souvent tournés vers des fétiches et des idoles et ignoraient le Grand Divin. C’est ainsi qu’ils furent moins divisés, et lorsque les guerriers des steppes vinrent chercher de la terre et de l’eau, ils se réfugièrent dans les montagnes et continuèrent une civilisation qui dura un millier d’années.
VIIe CHAPITRE
Les étapes de l’initiation
Il n’y a pas de retour possible, se dit Petru. Il se sentait comme dans un tunnel étroit au plafond branlant, prêt à s’effondre à tout moment. « Ta vie ne tient qu’à un brin de chance. On est en danger à chaque instant. Un seul faux pas et tu es englouti par la terre molle qui se trouve sous la roche dure de calcaire ! Que peut-on faire ? Une chose: continuer à avancer ! Mais si le plafond s’écroule même avant qu’on voie le soleil? Tant pis pour l’Univers, car tu périras avec la consolation d’avoir fait tout ce qui était humainement possible pour sortir à la lumière, mais l’Univers impassible n’a rien fait pour te sauver », se consolait le jeune journaliste.
L’enfant avait été caché pour l’emmener à l’étranger, mais il se trouvait encore dans le pays. Les étrangers ont tenté de le faire passer clandestinement à la frontière, mais un douanier attentif s’y est opposé avec véhémence. Il a dû être impressionné par la beauté « de Valachie » de cet enfant vif et espiègle, avec ses cheveux frisés noirs et ses yeux ronds comme des perles.
-L’enfant souffre d’une maladie et doit être soigné à l’étranger, répondit l’un des accompagnateurs.
– Avez-vous toutes les autorisations nécessaires?, demanda impassiblement le douanier, qui leur demanda des documents complémentaires.
– Bien sûr, nous avons l’accord du Comité d’adoption, du Ministère des Affaires Étrangères, même le Premier ministre a donné son accord, répondit l’un des accompagnateurs, sûr de lui.
Le douanier avait regardé encore une fois l’enfant et continuait à chercher une solution.
-Ce n’est pas le rôle du Premier ministre de s’occuper de l’aliénation de nos enfants, marmonna le douanier. Vos papiers sont en règle, mais il ne vous manque qu’un document, le consentement de la mère ou du père, ajouta-t-il.
– Sa mère est morte et son père est inconnu, seul le Tout-Puissant sait qui est son père, répondit l’accompagnateur.
– On doit respecter la loi, quand les parents n’expriment pas leur accord par écrit, il faut l’approbation de l’Autorité de tutélaire. C’est la seule institution qui a le droit de décider, les autres sont des documents auxiliaires. Apportez-moi cette approbation définitive et vous pourrez partir, leur dit le douanier, sûr de lui, en leur indiquant la sortie.
*
Soit le douanier savait quelque chose, soit il avait de l’intuition, car l’Autorité tutélaire n’avait pas donné son accord cette fois-ci non plus. Le père Mihail, membre de longue date de l’autorité de défense des enfants sans parents ou des personnes âgées et malades sans soignants, s’y est opposé avec véhémence.
Lors de la première réunion de l’Autorité tutélaire, le prêtre avait plaidé pour la réintégration du petit dans une famille qui parle bien sa langue maternelle. Enfin, le prêtre avait demandé qu’en attendant que son statut juridique soit clarifié, le petit Iosif retourne à l’orphelinat d’où il est parti ou dans sa famille d’accueil, faute de quoi il préviendrait la police ! « Jusqu’à ce que son statut juridique soit clarifié », ajouta-t-il malicieusement.
*
Les frères de Visarion avaient volé l’enfant, il le savait bien, mais où se trouvait-il, se demanda Petru avec responsabilité. L’intuition ne pouvait pas le tromper cette fois non plus, il était probablement dans les montagnes, mais un brainstorming rapide, une réunion avec ses amis, l’aiderait à prendre une meilleure décision.
Petru a appelé le Savant et lui a dit qu’il voulait lui faire une surprise. Il l’invita à prendre un café préparé dans le sable chaud, ce fameux café marguiloman, avec beaucoup de cognac et le moins d’eau possible, comme son ami l’aimait.
-Je n’ai pas de secret pour toi, lui confessa Petru. L’enfant dont je t’ai parlé a été emmené dans une direction inconnue. C’est une bonne chose pour nous, mais cela peut être douloureux pour lui. L’enfant, d’après ce que je sais, a une intelligence supérieure à ceux de son âge, ce qui le rend inadaptable et récalcitrant. Il aura et créera certainement des problèmes. De plus, il a été déclaré disparu et figure sur un avis de recherche national, la police serait certainement à sa recherche. Je dois donc agir d’avance, sinon il sera emmené à l’étranger !
– La croyance attire les croyants, médita le Savant en buvant de la liqueur sombre à l’arôme de vieux vin. Peut-être il a été confié à un couvent de religieuses quelque part dans les montagnes!
– Un enfant ne peut pas passer inaperçu dans un couvent, répondit Petru. Les vierges de Dieu seraient mal vues et soupçonnées de mauvaises actions, ajouta-t-il.
– Une rumeur circulait dans le bourg. Immédiatement après la révolution, plusieurs jeunes moines, filles et garçons, se sont retirés au pied des Carpates pour mettre en œuvre ce qui se planifiait en secret depuis cinq décennies. Après des décennies de persécution anti-chrétienne, notre pays est considéré le Jardin de la Mère de Dieu, la nouvelle Terre Promise, c’est ce qu’ils affirment, dit le Savant.
– L’enfant ne peut pas grandir dans un monastère, mais dans une famille avec une bergerie à proximité. Il y a des dizaines de bergeries dans les montagnes où il serait perdu de vue et très difficile à retrouver, conclut le journaliste.
– Je te propose de tirer au sort entre la Terre des Mioritza et la Terre de Luana, la troisième option n’existe pas, il est certainement dans l’une des deux pays, conclut le Savant.
– Ces deux pays sont voisins, ils se confondent dans quelques endroits, il serait bon d’aller voir les deux, complète résolument Peter.
*
Petru voulait à tout prix savoir comment avait évolué cet enfant ayant le visage de dieu, mais personne ne voulait divulguer l’endroit où il était caché.
-Le garçon vit dans la montagne, il est en bonne santé, il a une mémoire extraordinaire, il est pieux, car il va à l’église et il a appris les Saintes Écritures d’un bout à l’autre, racontait vaguement une information donnée par l’un des frères.
Un jour de fête, Petru se rendit dans une des églises que les frères fréquentaient assidûment. Au seuil de la porte, devant l’icône miraculeuse, priait Sœur Maria, l’archiprêtresse du groupe du nord. Petru l’a attendue à la sortie, mais il savait que la femme en noir ne lui dirait aucun secret.
Le journaliste qui existe en lui le pousse à recourir à des moyens moins propres et à une ruse. Un beau-frère d’Elena Sofia venait de quitter le pays.
-Sœur Maria, j’ai un message pour la Sœur Elena de la part de son petit frère qui vit en Espagne, lui dit Petru avec une profonde piété.
Maria fit semblant de ne pas l’entendre et se dirigea vers la sortie. A mi-chemin, elle se retourna.
– Qui ? Costel a quitté le pays ? demanda-t-elle avec une curiosité typiquement féminine.
– Oui, Costel, il est parti avec les enfants en Espagne et a laissé un message pour elle, de s’occuper de la tombe de sa mère, poursuivit Petru.
En entendant de quoi il s’agissait, la femme se radoucit.
-Je ne sais pas non plus où est Elena; elle m’envoie des nouvelles par l’intermédiaire d’un novice, un moine assistant d’un monastère des montagnes.
– Quand le moine viendra, faites-moi le savoir, son frère lui a laissé de l’argent pour les commémorations et il m’a demandé de le remettre en ses propres mains, poursuit Petru.
La Sœur Maria était remplie d’une profonde tristesse et regarda dans le vide pendant un moment.
-Ces choses ne peuvent pas être remises à plus tard, les morts n’ont pas de patience, commenta la Sœur Maria.
– Peut-être nous pourrions aller la voir ensemble pour que je puisse lui donner l’argent en personne, dit Petru.
L’argent destiné à honorer les morts et la tombe remplie d’herbes semblent avoir soulagé la croyante inflexible.
– La Sœur Elena me manque à moi aussi, mais pour être honnête, je ne sais pas où elle est. Le Saint-Père lui a confié une mission, elle doit faire des actes pour aller aux Cieux après tous les péchés qu’elle avait commis dans sa jeunesse. C’est pourquoi elle est soumise à l’obéissance et travaille toute la journée. D’après ce que j’ai compris, elle vit avec son enfant dans une bergerie au Pays de Mioritza ou, comme l’appellent les païens, au Pays de Luana. Je ne sais pas comment m’y rendre, mais je peux m’en renseigner. Si Gabriel, le petit moine, vient, je te le dirai pour que tu lui envoies l’argent, conclut doucement la Sœur Maria.
*
Alors, il s’agit du pays de Luana ! Petru s’en doutait un peu depuis le début. C’était le pays où l’enfant était caché. Le Pays de Luana était un lieu béni, connu depuis l’aube de l’histoire, avec des grottes sacrées et des églises millénaires.
Il se rendit chez l’un de ses amis, historien de profession, pour le consulter.
– Quel est le pourcentage de légende et celui de vérité dans ces contes, Alexandre, demanda-t-il à l’historien bien connu.
– Il y a beaucoup de choses qu’on ne connait pas, mais il y a beaucoup de légendes liées à ces terres. On ne parle d’un pays sinon d’un véritable royaume où se manifestent de phénomènes paranormaux. Des témoins affirment qu’une fois par an, deux soleils apparaissent – non pas la lune et le soleil, mais deux disques solaires distincts – mais on ne peut les voir qu’une fois tous les sept ans, quelques secondes à une heure et un jour que personne ne connait pas exactement.
– La légende a été confirmée par les astrophysiciens?, s’étonne le journaliste.
– Elle n’a pas été confirmée, mais il existe une théorie qui donne beaucoup d’arguments aux habitants du Pays de Luana. Selon les experts, les systèmes solaires binaires, c’est-à-dire les systèmes formés autour de deux soleils, offrent des conditions idéales pour l’émergence et le développement de la vie sur leurs planètes et leurs mondes comme le système solaire dont nous faisons partie. Les témoins oculaires que nous avons consultés ont juré sur la Bible qu’au Pays de Luana il y a deux soleils, deux disques solaires qui s’envoient affectueusement leur lumière l’un à l’autre.
– Et comment on peut connaître ces témoins du paranormal, Alexandre ?
– C’est difficile, voire impossible, celui qui veut avoir accès à l’information doit être un habitant du pays, sinon il se heurtera contre un mur de silence absolu.
*
Petru n’était pas satisfait de son enquête trop superficielle. Dans le Pays de Luana il ne pouvait pas donc aller tout seul. L’échec serait total, et le retour de l’intrus presque impossible.
Il se souvint des histoires d’un ancien camarade de la faculté, Valère, avec qui il avait partagé la même chambre d’étudiant. Ses grands-parents étaient originaires de ce pays aux parfums mystérieux. Autour d’un verre de bière, Valère a raconté à ses camarades de classe comment ses parents avaient déménagé dans les vastes plaines du Bărăgan, emportant avec eux la sainte église du village.
– Immédiatement après la guerre, les vétérans survivants et les veuves de guerre sont devenus propriétaires du Bărăgan. Tout le village s’en est d’abord réjoui, mais personne n’a voulu quitter la terre de Luana.
– Les montagnards sont très attachés à leur patrie, compléta Petru.
– Bien sûr, mais il y avait plus que ça. J’ai eu le même sentiment lorsque j’ai déménagé en ville. Ce ciel, ce brouillard bleu, on ne l’oublie jamais, ça donne de l’énergie positive et la force de réussir dans la vie, confessa Valère.
– Et pourtant, les plus jeunes sont partis pour le Bărăgan. Les habitants des villages devenaient plus nombreux et ils sont arrivés à la conclusion que la terre est la plus sûre richesse. N’est-ce pas? Ce n’est pas un cas unique, tous les villages du Bărăgan ont été formés par des habitants de la montagne.
– Ils en sont partis le cœur lourd après que les membres importants du gouvernement de l’époque les aient menacés de perdre leurs terres s’ils ne bougeaient pas rapidement. Ils ont donc décidé de partir, à condition d’emmener l’église du village avec eux.
– N’aurait-il pas été plus simple d’en construire une autre, dit Petru surpris.
– Ils savaient ce qu’ils savaient, leur église était sainte et ils en avaient besoin. Elle représentait un coin de leur pays cher, Luana.
– Comment ont-ils réussi à transporter une construction aussi complexe à des centaines de kilomètres de là, s’étonna Petru.
– Ils ont démonté la sainte construction pièce par pièce, y compris l’autel et le pronaos, et l’ont transporté pendant des semaines dans une charrette à six bœufs.
– Valère interrompit son récit pour leur raconter une nouvelle légende du Pays de Luana.
– Avez-vous jamais écouté l’histoire des géants de Luana ? Mes grands-parents en ont témoigné sur leur lit de mort. En déterrant un mort, les sacristains ont trouvé des os humains de plus d’un mètre de long, qui appartenaient à des géants de 3 à 4 mètres de haut (!?).
– Et des crânes, ils n’en ont pas trouvé ? On dirait qu’ils étaient aussi gros que les têtes de bison, plaisantaient les autres.
– Bien sûr que si, ils étaient aussi gros qu’une citrouille ou une tête de veau, ajoutait Valère très sérieux.
Nous, les collègues, on riait, et Valère se sentait obligé de raconter des histoires plus vraies que nous connaissions aussi, comme les expériences de l’armée dans les années 70.
Vous n’avez pas entendu parler des recherches menées dans le Pays de Luana par les services secrets de l’armée sur des enfants surdoués, n’est-ce pas ? s’enthousiasmait-t-il. J’étais lycéen et je venais en vacances chez mes grands-parents. Je jure que j’ai assisté à l’arrivée au village d’un convoi de camions de l’armée. Plusieurs soldats et officiers en sont descendus en tenant par la main sept ou huit enfants âgés de 10 à 12 ans.
A ces nouvelles révélations, les auditeurs grimaçaient, et moi je restais songeur. J’étais d’accord avec lui, nous avions tous entendu parler des exercices secrets, le Pays de Luana était un monde d’une autre planète !
*
– Mon cher, je suis venu te dire que ce qui t’est arrivé dans ton enfance, cela m’arrivera à moi dans ma vieillesse. Je vais au Pays de Luana, je m’y installe avec armes et bagages, dit Petru.
Valère, ancien journaliste comme lui, devenu après un avocat réputé, comprend la plaisanterie et l’apostropha.
-Je t’ai sans doute maudit quand tu te moquais de moi à l’université. Mais fais gaffe, une fois arrivé au Pays de Luana, il n’y a pas de retour possible, ici les gens disparaissent et réapparaissent quelques générations plus tard sous une autre forme, répondit-il, plus en plaisantant qu’au sérieux.
– Maître, tu as peut-être raison, nous nous reverrons dans un monde meilleur, mais maintenant j’ai besoin d’un guide, d’un hôte ou d’un habitant, il y a encore des membres de ta famille dans les montagnes ?
– Beaucoup, mais ce ne sont pas des personnes de confiance ; tout de même, j’ai un neveu, il vit en ville mais il en est originaire. Il est lié à ces montagnes et connaît bien la population locale, il a refusé plusieurs emplois à l’étranger, écris vite son numéro de téléphone, lui répondit amicalement son ancien collègue.
*
Le journaliste fit ses valises et décida de commencer ses investigations dans l’étrange Pays de Luana. Il trouve l’aventure aussi intéressante qu’excitante, il a envie de retrouver le petit Iosif juste pour le serrer dans ses bras. Le pays de Luana semblait être l’endroit idéal pour l’initiation des enfants surdoués. Il ne savait pas de quel genre d’initiation il s’agissait!
Valère vint le chercher à la gare et ils partirent directement dans les montagnes.
-Nous irons dans un pavillon de chasse que nous avons loué pour la saison et de là, nous irons chez le moine Gherasim.
En chemin, ayant envie de parler, Valère commence à raconter ses souvenirs, il se sentait connecté à la terre d’où il venait.
-Je me sens plus attiré par lui que par n’importe quelle femme. Ma femme est jalouse quand elle apprend que je vais à Luana. Pour moi, c’est plus qu’une échappatoire au quotidien, c’est devenu une drogue.
Petru avait appris tout ce qu’il pouvait, car il voulait se faire une idée de ce pays plein de mystères.
– Pour te dire la vérité, cher Valère, je ne crois pas un mot de ce qu’on m’a raconté. La seule chose qui m’intrigue, c’est comment Sœur Elena est arrivée ici avec le petit Iosif, dans un pays totalement inconnu. Je lui aurais montré d’autres endroits tout aussi beaux et moins sauvages.
– Nous irons d’abord voir le père Gherasim, lui dit Valère. Je le connais depuis la révolution. Je m’étais retiré chez mes grands-parents parce qu’on entendait parler de terroristes arabes qui faisaient exploser des immeubles de la ville. Un voisin m’avait dit qu’un terroriste se cachait dans une bergerie déserte.
– Nous ne savons pas ce qu’il fait, mais vous pouvez voir l’épaisse fumée qui s’échappe de la crèche. La cabane était abandonnée depuis des années et il était impossible qu’elle soit habitée pendant la nuit, m’avait dit le voisin, intrigué.
Après m’être reposé, j’ai fait le tour du village où je les ai trouvés tous effrayés, jeunes et vieux. Je leur ai proposé de former le lendemain une troupe avec les quelques armes de chasse dont nous disposions et que nous nous rendions à la bergerie.
-Nous avons reçu le baptême du feu, leur ai-je dit, les terroristes ont tué beaucoup de jeunes innocents, et maintenant ils se sont réfugiés dans les montagnes.
Les hommes se sont mobilisés et le lendemain matin tôt, nous nous sommes mis en route, franchissant à pied la neige de près d’un mètre de haut.
Plus nous nous approchions de la bergerie, plus le visage de l’un des vieillards, père Gheorghe, s’éclairait.
-Ici, à Nucu, il y avait un monastère, un très vieux monastère, les anciens racontaient qu’un autre monastère avait été construit à sa place par ordre de Michel le Brave pour les morts de la bataille contre les armées polonaise et moldave.
– C’est vrai, mon arrière-grand-père avait assisté à la visite du premier roi de Roumanie qui a été tellement enchanté par ce qu’il avait vu ici qu’il s’était offert de payer la peinture, avait complété un autre compagnon.
– Le soir, nous nous sommes approchés de la cabane et avons été surpris de voir à l’entrée une grande croix improvisée avec deux grosses branches de sapin. A l’intérieur, un jeune moine priait près d’une bougie, et un chien à ses pieds lui tenait compagnie. Le terroriste était un jeune moine qui voulait reconstruire le monastère du voïvode Michel.
– C’est ainsi que j’ai rencontré le père Gherasim, un jeune moine qui voulait raviver les flammes de la foi dans ces lieux, poursuit Valère. Je lui ai rendu visite plusieurs fois pour lui apporter de la nourriture. Nous nous sommes liés d’amitié, nous étions proches en âge et, avec le temps, son sanctuaire est devenu un lieu de pèlerinage.
– Qu’est-il arrivé du Père, où est-il maintenant ? demanda Petru.
– Un jour, il est disparu sans laisser de traces, l’église de la bergerie avec ses dizaines d’icônes sur les murs est restée intacte, mais l’homme et le chien étaient introuvables. J’aurais aimé le rencontrer, voir s’il avait respecté l’engagement qu’il m’avait révélé un soir devant le feu, dit Valère d’un ton pensif.
– Tu n’as pas appris d’où venait-il, était-ce un terroriste en manteau de moine? Il y a eu beaucoup de gens infiltrés dans la communauté monastique par la sécurité, pendant la révolution ils ont trouvé refuge dans les montagnes, dit Petru gravement.
– Oh, non, lors de notre dernière rencontre, il m’avait avoué qu’il faisait partie d’un groupe de moines ultra-orthodoxes qui voulaient transformer la religion dans la pierre angulaire de cette nation. Ils avaient fait un serment.
– Juste après la révolution, de nombreux idéalistes sont apparus, qui se sont ensuite dégonflés lorsque la réalité leur était opposée et ils sont finalement revenus à des idées plus terriennes, je reconnais, je suis l’un d’entre eux, a avoué Petru.
– Il m’a avoué qu’il faisait partie d’un groupe de 13 ecclésiastiques, martyrs, prélats, moines et laïcs qui avaient promis de faire de ce pays le jardin de la Mère de Dieu. « Une chose difficile à réaliser, car notre église a été infiltrée au fil des ans par d’anciens hommes de la Securitate qui ont été récompensés pour leur trahison par des postes dans l’appareil de l’État et de l’Église. »
Valère poursuit :
– Je lui ai demandé comment découvrir la vérité et il est resté perplexe.
– De nombreux prêtres sont morts, et ceux qui les ont dénoncés au lieu d’être punis ont été promus. Il est très difficile de distinguer la victime du bourreau, mais si nous ne le faisons pas, la foi disparaîtra, m’a-t-il avoué.
– As-tu appris quelque chose de plus sur ton moine révolutionnaire ? demanda Petru.
– Le prêtre est disparu ainsi comme il est apparu, il n’y avait plus personne, il n’a dit à personne d’où il venait, il a quitté la bergerie abandonnée et il est parti sans dire au revoir à ceux qui lui offraient un morceau de pain. Les villageois se demandaient s’il n’avait pas suivi le sort des dizaines de personnes disparues dans la brume bleue.
*
Dès qu’il pénétra dans le Pays de Luana, Petru eut un pressentiment. Il lui semblait que David connaissait bien ces lieux, car il sentait sa présence partout. « J’ai vu le brouillard bleu et je suis devenu son serviteur », se souvint Petru la réponse de David du premier jour de sa visite en Roumanie.
« David lui-même aurait poussé le garçon dans ces lieux bénis de Dieu pour l’emmener avec lui en temps voulu? Trop de choses y sont liées et son refus de prévenir la police me semble étrange, peut-être il veut prendre le garçon seulement après qu’il ait grandi dans ces terres ? », se demanda Petru dans les premiers instants de son arrivée au Pays de Luana.
Leur guide, une professeur d’histoire attachée à sa terre natale, leur a immédiatement souhaité la bienvenue.
-Un « ciel étrange », la « brume des dieux », s’étend sur tout le territoire de Luana. Le ciel est d’une intensité inhabituelle, plus de 23 000 degrés Kelvin. À titre de comparaison, le ciel azur des grandes villes dépasse à peine les 16 000 degrés Kelvin, dit fièrement la guide.
Ils grimpèrent tous les trois le sentier sinueux, les falaises de grès compactes dessinant une géométrie digne de l’apocalypse.
– La nature a créé de véritables œuvres d’art, affirma Petru.
– Il s’agit plutôt d’une civilisation disparue, poursuit la guide. Il y a 30 ou 40 ans, un groupe de scientifiques a testé sur ces sites les capacités extrasensorielles des enfants surdoués. Répartis en groupes et placés sur différents sommets, ils devaient communiquer entre eux par la pensée. Les informations passaient d’un sommet à l’autre par transmission télépathique. Mais les chercheurs ont constaté que la vitesse de réception augmentait encore plus vite lorsque le ciel atteignait son intensité maximale. On dit qu’avec les mêmes outils, par perception extrasensorielle, les enfants ont découvert les secrets des profondeurs de la terre, tant recherchés par les archéologues.
VIIIe CHAPITRE
L’apôtre secret
Iosif grandit en un an comme d’autres enfants en dix. Dans la maison aux géraniums, au voisinage d’une falaise baptisée par les habitants la Louve au museau retourné, la vie s’écoulait doucement et régulièrement, comme un beau jour d’été. Pendant la journée, le garçon jouait avec les enfants dans la clairière d’Ozana ou gardait les chèvres.
La Sœur Elena aimait le petit Iosif comme son propre enfant. Elle le nourrissait avec des plats simples, recueillis dans sa pauvreté de femme seule, du fromage de brebis, du miel, du lait de chèvre de montagne. Le dimanche, elle se rendait avec son enfant à l’église du village, car le petit Iosif avait appris par cœur de nombreux versets de la Bible.
Dans le petit village de montagne, la mémoire de l’enfant était devenue proverbiale, car il avait mémorisé des dizaines de passages de la Bible. A l’âge de six ans, Iosif accompagnait le prêtre à l’autel et chantait dans la chorale. Un jour, le père Gheorghiţă, car tel était le nom du prêtre, qui avait l’habitude de goûter le vin de communion, sauta un passage de la Bible. « Au nom du Père, du Fils et de la Mère de Dieu. Amen. » L’enfant a roulé les yeux et n’a rien dit, mais au deuxième passage avec le chaudron, il a corrigé le père à haute voix. « Père Gheorghiţă, la Trinité, vous avez oublié le Saint-Esprit », a crié le garçon.
Le prêtre a corrigé son erreur, mais à la fin de la messe, il a demandé à Elena de garder l’enfant à la maison jusqu’à ce qu’il reprenne ses esprits.
Elena s’exécuta, mais avertit le Saint-Père de ce conflit qui lui causait de gros ennuis avec les voisins.
Le Saint-Père lui fit savoir qu’elle devait changer de prêtre chaque semaine et se rendre dans les églises des villages voisins.
A Poeni, dans la petite église en bois, le père Gavriluță accueillit le garçon à bras ouverts. Le troisième dimanche, cependant, l’enfant a interrompu le prêtre. « Et du Fils, mon père. » Le prêtre s’est levé d’un bond et a demandé à Elena de faire sortir l’enfant de l’église.
– D’accord, mon père, mais l’enfant est immature et ne sait pas grand-chose, répondit la Sœur Elena.
-La foi ne signifie pas des passages mémorisés par cœur, croire et ne pas chercher est plus important que la reproduction mécanique du texte.
Iosif fit de grands yeux et apostropha le prêtre.
-Père Gavriluță, vous avez encore cette maîtresse-là ? Elle a élevé ses cochons avec le pain saint de l’église !
Le prêtre a chassé l’enfant de l’église et a essayé de le frapper avec un bâton. Elena prit l’enfant sous sa protection et jura de ne plus jamais mettre les pieds sur le seuil de l’église.
*
Le petit Iosif voulait toujours aller à la maison de Dieu et s’était fait un coin de prière dans sa petite chambre.
Effrayée, Elena se mit d’abord en colère, puis pensa que le petit garçon serait plus heureux de côtoyer de vrais saints.
– Un vieux moine vit dans une grotte sur le mont Sirius, les gens disent qu’il a des dons sacrés et qu’il guérit les malades, emmenez le garçon pour le débarrasser du mal de son âme, lui dit une voisine.
Elena avait entendu parler du clairvoyant spirituel, l’homme de pierre, qui se nourrissait des dons de la nature et priait jour et nuit. Iosif franchit le seuil de la cellule de pierre et dit pieusement. « C’est mon monde ! » Le garçon s’approchait de l’âge de 12 ans.
*
On ne sait pas très bien ce que le garçon avait fait à côté de son maître pendant ces années. Les choses sont confuses, et Elena avait refusé de les éclaircir après que la police l’a accusée d’avoir kidnappé l’enfant. Une chose est sûre : la veille de Noël, alors que le garçon allait avoir 12 ans le jour suivant, une jeep s’est arrêtée à la porte de la maison aux géraniums. Deux hommes armés ont demandé où était Iosif, ils ont pris le garçon et sont partis dans une direction inconnue. Elena a marché dans la neige haute jusqu’au poste de police, où elle a signalé la disparition de l’enfant. Le policier l’a reçue gentiment, il savait ce qu’il savait, et a demandé à Elena de préciser à quel titre elle déposait la plainte. En tant que maman, maman adoptive, s’est écriée Elena, puis, effrayée, elle s’est enfuie.
*
Le passage de la frontière de Iosif donna des insomnies au jeune journaliste. Cela dépassait l’imagination, le pays considéré comme le jardin de la Mère de Dieu perdait une nouvelle occasion sur l’échelle de l’histoire.
Petru s’adressa au célèbre historien Sebastian Vrânceanu pour l’initier aux mystères de la naissance et de la mort des grandes civilisations.
L’histoire se répète à certains intervalles de temps et l’époque contemporaine ne peut pas faire exception, se dit-il tristement.
Le jeune journaliste avait eu de grandes illusions à l’époque de la Révolution, mais il éprouvait maintenant un étrange sentiment de désespoir mêlé de haine. Son pays est pillé de l’intérieur, plus qu’à l’époque des Turcs et des Tatars. « Les ennemis de l’intérieur sont plus avides que ceux de l’extérieur, et le peuple en est venu à vivre de la pitié de ces usurpateurs. La fibre de cette nation s’est tellement amincie que mon pays pourrait disparaître à la première grande tempête dans la région », songea Petru avec nostalgie.
Le jeune historien a perçu ses sentiments et a ri.
-Tu t’intéresses à la première grande civilisation du Pays de Mioritza, mais tu penses encore à l’avenir de cette nation. Tu es plus pessimiste que tous les Cassandre du monde ! Rappelle-toi une vérité énoncée par un grand historien : les civilisations ne meurent pas et ne disparaissent pas, elles sont assimilées par des civilisations plus fortes, plus jeunes et plus robustes. Lorsqu’elle n’a plus rien à dire au monde, une civilisation doit mourir ou se retirer de la scène de l’histoire. Elle devient un frein au progrès. D’autres peuples, plus forts et plus vigoureux dans l’esprit et dans le corps, méritent de prendre sa place, dit le jeune historien avec conviction.
– Bon, bien, dit Petru, surpris par le relativisme de son interlocuteur, mais les êtres providentiels qui ont jailli de leur sein ne peuvent-ils pas les sauver ?
– Les êtres providentiels naissent une fois tous les mille ans, ils sont rares et ne sauvent que les nations qui les respectent et proposent un mode de vie différent, sinon le génie de l’être supérieur est gaspillé en vain.
– Pour autant qu’on le sache, Jésus le Sauveur n’a pas été un prophète dans son propre pays, mais sa philosophie a prévalu parmi toutes les nations, poursuit timidement Petru.
– Jésus était unique, car il était le Fils de Dieu. Les Romains attendaient un Sauveur depuis de nombreux siècles, ils étaient prêts à l’adopter. Mais la règle est différente : le roi David chez les Juifs, le sage Solon chez les Grecs, l’empereur Constantin le Grand chez les Romains et l’empereur roumain Basarab le Fondateur sont des exemples qui confirment la règle », poursuit Sébastien, l’historien, confiant dans son propre jugement.
– Nous vivons donc une époque sans valeur, où même un Sauveur issu de cette nation ne peut nous sauver ? Que nous reste-t-il à faire ?
– Les nations se sauvent elles-mêmes. Lorsqu’une civilisation ne veut pas ou ne peut pas aller en l’avant, un être supérieur peut au mieux prolonger son agonie, répondit l’historien.
– Mais il peut la guider sur une autre voie. Car de la souffrance naît l’espérance, et de l’espérance la victoire, dit Petru, avec force de conviction.
IXe CHAPITRE
Le Nouveau Tibet
Dans une brève lettre, le docteur David Lourdes avait invité son ami, le journaliste, à accompagner la directrice de la Protection de l’Enfance pour voir directement la situation de son protégé.
”La protection de l’enfance a obtenu le droit de surveiller le petit Iosif. Viens avec eux pour t’en convaincre, s’il y en a encore besoin, de la merveilleuse éducation reçue par cet enfant qui embellit chaque jour de notre existence. En outre, je vais essayer de me revancher des jours merveilleux passés ensemble dans ton beau pays”, c’était la lettre signée par le mentor du mouvement néo-templier le plus connu au monde.
Petru pensait qu’il valait la peine de donner cours à une telle invitation, d’autant plus que se posait la question de la revanche et de visiter un endroit pittoresque au pied des Alpes, une destination à laquelle il ne pouvait même pas rêver.
De la capitale, ils ont pris l’avion, et de Genève ils ont été accueillis par un chauffeur de bonnes manières, avec des gants blancs et papillon, en une voiture de luxe.
La voiture a parcouru plusieurs serpentines à travers les montagnes et a atteint sa destination. Un endroit isolé, non loin d’une petite ville, plusieurs somptueuses villas situées à la lisière d’une forêt de chênes.
-Ce n’est que l’une des résidences du Grand Maître, a déclaré fièrement le chauffeur.
Petru était ravi de la beauté du paysage et de ce que l’homme y avait fait.
-Cela semble être un monde des contes de fées, quelle chance pour notre petit ami, devina ses pensées la directrice. Ils ont raison de nous considérer comme de simples sauvages, a-t-elle poursuivi.
-Et pourtant, cela ne se compare pas à la sainteté des montagnes en Roumanie, aux vieillards recroquevillés sous le fardeau des bois ou en conduisant des ânes têtus et gais! dit en consolation le journaliste. En entrant dans la Prairie du Soleil, ainsi on appelait le complexe résidentiel, David les accueillit avec un grand sourire.
-C’est un honneur pour nous, je sais que nous ne pouvons pas rivaliser avec l’hospitalité roumaine, mais sentez-vous comme chez vous, dit-il gentiment.
Il les a ensuite invités à un salon d’été en forme de diamant. Des portes fenêtres comme de grands murs, situés de tous les côtés, ramenaient dans la maison le magnifique paysage des montagnes de la proximité immédiate. Le docteur David leur a fait signe d’être discrets et de ne pas parler.
– Je veux leur faire une grande surprise, vous regarderez les enfants à distance, et Petru, c’est votre mission de découvrir le petit garçon de votre pays!
Petru l’a remercié pour sa tâche.
– Je suis enchanté de cette tâche, j’ai toujours été heureux de reconnaître les gens par leur marche et leur caractère, c’est une qualité assez rare qui peut toujours ouvrir la porte d’une agence de détectives privés, dit celui-ci en riant.
L’ambiance se relâcha, à une dizaine de mètres, dans une clairière, cinq ou six enfants jouaient avec une balle. Une nounou vêtue d’une robe blanche, d’ancienne vestale, entraînait les petits dans leur jeu tranquille.
– Tous les enfants sont merveilleux, comme s’ils étaient frères!, murmura Petru à la responsable de la Protection de l’Enfance.
– Comme s’ils venaient d’un autre monde, n’est-ce pas, madame, déclara le docteur David avec insistance.
Petru tenta une astuce, s’il essayerait d’appeler l’enfant dans sa langue maternelle, seuls les bébés ont la mémoire des mots répétés dans la balançoire!
– Iosif, Iosif, viens chez ta mère!, et montra d’un large geste la jeune travailleuse sociale. Les enfants se sont arrêtés un instant et le plus jeune a couru vers la nounou.
– Cher Iosif, viens chez la grand-mère!, réessaya Petru.
Au deuxième appel, l’enfant devint coopératif. Le mot mère lui était étranger, mais sa grand-mère était la raison de sa première enfance.
L’assistante sociale a compris la farce de son compagnon, elle est allé voir le petit garçon et lui a donné une poupée aux cheveux frisés. Elle était faite en tissus et feuilles de roseau.
– C’est sa première poupée, avec elle dormait dans le berceau jusqu’au moment de la séparation, expliqua la travailleuse sociale.
Avec les cheveux ondulés dans le vent, dodu et aux joues rouges, le petit Iosif semblait être un enfant issu d’un conte de fées.
L’assistante sociale était ravie et complétait minutieusement ces données dans son rapport.
– Un enfant merveilleux, pour des gens merveilleux. Tous les enfants venus en Occident ont subi des changements radicaux, mais aucun d’entre eux n’est comme celui-ci.
Petru resta pensif, sur la figure du petit garçon on lisait une vague de tristesse ou peut-être une douleur du fond de l’âme. „C’est le déracinement classique ou peut-être il pressent quelque chose qui nous est inconnu”, réfléchit Petru.
*
Non loin de la somptueuse villa se trouvait un château médiéval. Petru demanda à son hôte s’il pouvait le voir.
– Comme tu te souviens sûrement, le monde médiéval est ma passion, un tel bâtiment est chargé de drames et de leçons d’histoire, déclara le docteur David au jeune journaliste.
David Lourdes le regarda avec enthousiasme.
– J’ai anticipé ce souhait cher à toi. Je savais que tu étais passionné d’histoire et de traditions anciennes. Si tu as de la patience, je peux t’offrir plus qu’une peinture de nature morte, un vrai spectacle. Un moment unique où peu de mortels ont l’occasion de participer!
Petru tressaillit, connaissait l’appétit des Templiers pour les châteaux en ruine et les vestiges antiques.
– J’attends avec impatience que vous me le demandez, c’est pourquoi je suis venu dans votre pays !, dit-il avec enthousiasme.
– Je ne serais pas surpris que tu le reproduises dans ton pays, déclara fièrement le docteur David. Demain soir, peu après minuit, je t’invite dans un endroit merveilleux.
*
Avec des torches à la main, plusieurs dizaines d’hommes vêtus de capes médiévales se sont rassemblés dans le forum central de la forteresse en ruine. Aux alentours, il y avait des murs en pierre d’un demi-mètre d’épaisseur, à moitié démolis, et deux tours de garde, avec des soldats enchaînés, armés jusqu’aux dents.
Dans un long manteau qui balayait la terre, à une table en chêne massif, le Grand Maître leva majestueusement les mains au ciel, invoquant le pouvoir du Dieu. Il a ensuite demandé aux invités de s’approcher à sa table avec une rose rouge au centre et une tasse remplie d’un liquide visqueux.
– Le temps de la nouvelle ère du Temple est venu! Le temps n’a plus de patience! C’est le moment crucial pour l’humanité ! Invoquons la mémoire de nos ancêtres, seuls les braves Templiers peuvent nous glorifier dans la nouvelle ère du Verseau.
Le docteur David avait une voix forte de baryton. Une énergie intérieure traversait tout son être et se transmettait à la foule en adoration. Son visage osseux et austère comme celui de Jésus lui donnait de la grandeur. Toute l’assistance était connectée à une atmosphère sacre et pleine de significations ancestrales.
-Mes chers frères, l’ère du Verseau s’approche, l’Humanité est en danger de mort. Le temps n’a plus de patience ! Je suis à côté de vous et vous décidez si nous serons ensemble pour l’Éternité. C’est un moment unique, la Providence nous a destiné un avenir singulier ! Á mes côtés, unis en idéaux, nous retrouverons ensemble le Paradis perdu !
*
Petru était plein d’enthousiasme, il trouvait l’atmosphère unique. Il ne l’avait jamais sentie dans les caves des églises chrétiennes où les frères du rite Visarion priaient, ni dans les grottes des montagnes où les moines passaient leurs vies en méditation et prière.
Xe CHAPITRE
Le Saint Graal. Dernière visite
Le Maitre regarda la foule de gens curieux venue pour participer à son sermon. Des personnes importantes, intellectuels ou hommes d’affaires. Il fit une sélection d’un regard rapide. La plupart de ceux qui se trouvaient dans la salle n’était pas digne de l’accompagner. Il fallait faire une sélection rigoureuse pour le peuple choisi, seulement ceux choisis pouvaient rêver à l’Empire du Ciel, d’après les apôtres. Il ne s’agissait pas d’une sélection du peuple, comme dans les temps bibliques, sinon d’après une éthique universelle.
– La colonisation de l’Amérique a constitué une réussite parce qu’on a éliminé les déchets humains. Seulement les Choisis, les gens puissants sont appelés à créer une nouvelle civilisation céleste, médita le Maitre.
– Le thème de cette soirée, chers amis, dit-il au public, est la sainte histoire d’amour entre Isaac et Sarah.
Les enfants divins, poursuit-il, ont été providentiels et ont changé l’humanité. Mais ils sont venus au monde après de nombreuses années de prière et d’attente. Pendant tout ce temps, ils étaient en permanence sous le signe de l’imprévisible, sous couvert d’inanité et de non-existence. Ils auraient pu voir la lumière du jour, mais aussi ils auraient pu dormir pour toujours. Les mères ne les ont engendrées qu’au moment décidé par Dieu. Toutes les femmes insensées prient longtemps et avec une immense piété le Bon Dieu pour les aider à recevoir le don sacré. Leurs larmes montent et se purifient, et de là naît le Prophète, a dit le maître.
Sara a donné au monde à Isaac après de nombreuses années de larmes chaudes, tout comme Rachel à Joseph, Manvah à Samson ou Ana à Samuel.
Rappelez-vous, chers amis, à quel moment de sa vie Sarah a donné naissance à Isaac. La vie ne peut naître la vie que par la volonté de l’Éternel. Cela a demandé des années de souffrance et de prière en larmes.
La morale n’est pas comme un code de principes que vous lisez, apprenez et appliquez. La moralité de l’homme parfait est un chemin, un chemin à suivre qui laisse de nombreuses blessures, mais le sang vous purifie et vous montre le chemin que vous allez parcourir. Le chemin, la vérité et la vie ont été établis par les premiers chrétiens, et le chemin est la route des marais au bout de laquelle on trouve la liberté.
Le groupe d’adeptes applaudit frénétiquement avec leurs yeux vers le ciel. À côté de Petru, la directrice, contaminée par l’enthousiasme général, applaudissait.
*
Petru chercha David du regard, il voulait des explications urgentes. Il était venu au Petit Tibet avec la directrice de la Direction de la protection de l’enfance pour faire un rapport sur l’état de l’enfant adopté.
-Maître, vous êtes un orateur né, et cela le dit celui qui a étudié Cicéron, dans la merveilleuse langue du peuple romain, et tous les classiques de l’oratoire grec, dit Petru dans ce captatio benevolantiae au début de tout discours. Cependant, ne vous en fâchez pas, je ne comprends pas : Qui ira sur la planète Sirius?
David sursauta nerveusement.
– Sûrement, ceux qui le désireront, le feront. Moi, et probablement des enfants seulement le Sauveur, les autres enfants resteront pour annoncer au monde le miracle du Nouveau monde.
– Seulement le Sauveur est sanctifié?, mit Petru le doigt sur la blessure.
– Bien sûr, les autres enfants, les apôtres, dont le petit Iosif qui est le premier des apôtres, resteront sur Terre. Mais c’est un projet qui durera plusieurs décennies, monsieur le journaliste. Ce que j’ai dit renvoie à des intentions simples, car il s’agit plutôt d’un prologue.
– Merci, monsieur, je noterai cette déclaration dans le rapport aux autorités de l’État roumain, répondit froidement Petru et lui tourna le dos.
Petru était content de son succès, mais il avait un soupçon cruel. Il est allé voir Michel et a essayé de le flatter, il voulait juste découvrir plus de détails.
-Monsieur Michel, dit Petru chaleureusement. J’ai aimé le plaidoyer de David pour une nouvelle civilisation. Mais j’ai un souci, qui a la chance de vous accompagner sur la planète Sirius?
Michel semblait confus.
– Je sais ce que tu veux demander, seul l’Elu nous accompagnera. Ce que David dit c’est une simple parabole.
– Si vous allez sur une autre planète, veuillez expliquer ce qui va arriver des autres enfants?, poursuivit Petru.
– Adeodatus partira avec nous, les élus. Les apôtres, dont Iosif, assisteront à notre départ et raconteront au monde la nouvelle religion.
– Joseph reste sur Terre?
– Bien sûr, c’est ce que le Grand Maître a décidé.
– Merci, monsieur, vous m’avez rassuré, vous savez seulement que nous sommes ensemble responsables du sort de notre petit, essaya de le renforcer Petru.
*
Petru était complètement troublé et le discours du Grand Maître avait alimenté quelques soupçons plus anciens. Il se proposa de voir d’urgence le professeur François, spécialiste dans nouvelles sectes religieuses, afin de dissiper sa confusion.
Le professeur François avait une biographie étrange. Spécialiste dans l’histoire des sectes et des ordres religieux, le professeur s’était converti au christianisme. Mais il n’avait pas adopté le soi-disant christianisme catholique, mais le rite de l’ancien christianisme chrétien orthodoxe. Une autre bizarrerie était la façon dont il avait été baptisé. Il connaissait ces détails d’un prêtre roumain avec qui il avait fait son doctorat en théologie. Le fait que le prêtre était de rite byzantin, l’avait aidé à devenir dans le temps son père spirituel! Et comme la ligne des bizarreries ne pouvait ne pas continuer, l’enseignant avait été coopté dans la Brigade spéciale antisectes religieuses de la Sécurité de l’Etat. Et son père spirituel était le seul à connaître bon nombre de ses activités!
-Monsieur le professeur, je suis venu le cœur ouvert dans votre pays pour un voyage touristique, mais aussi pour me documenter, dit Petru en riant.
Il expliqua ensuite toute l’enchaînements de l’adoption forcée du petit Iosif, l’enfant miracle de la révolution roumaine, né le jour de Noël sous la pluie de balles terroristes, mais aussi de l’enfant triste, Adeodatus, découvert par lui dans le camp du Pré du Soleil.
Les yeux de l’enseignant s’écarquillèrent, mais se replia rapidement, signe qu’il n’était pas étranger à l’activité du culte religieux dont on parlait de plus en plus récemment après le scandale des tirs sportifs.
– C’est un ordre religieux respectable, je n’ai fait qu’une seule visite de documentation et rien de plus. Elle n’a rien d’offensant, le fait de flirter avec la religion indienne lui confère une aura d’innocence.
– Mais le fait qu’il s’entraîne avec de vraies balles ne vous dit rien?
– Je m’inquiète de ce que tu me dis. Comme vous le savez, j’ai étudié des dizaines et même des centaines de sectes religieuses, dont beaucoup étaient douteuses. Mais cela me semble encore l’un des plus discrets et profonds. Le Saint Graal qu’il cherche depuis des décennies leur donne une aura de martyres.
– Avez-vous appris que le Grand Maître demande à ses disciples de préparer leur départ pour une planète dans la Constellation des Errants? Comment trouvez-vous ce désir?
– C’est une blague, bien sûr. Chaque secte cultive un message millénaire, préfigure la fin du monde et la survie de ses adeptes pour attirer ses prosélytes. Comment pourraient-ils magnétiser leurs adeptes et les garder près d’eux? Rien de nouveau, médita pour lui-même le professeur.
– J’ai une prière, professeur. Il me semble que dans l’ordre, on répand beaucoup de mensonges. Il nous reste trois jours, vous pouvez vous renseigner auprès du Bureau de l’état civil sur Adeodatis. Je vous en serais redevable!
*
La veille de son départ, Petru reçut un appel au petit matin qui a perturbé son petit déjeuner indien frugal.
À l’autre bout du fil, le professeur François lui transmit ses bons vœux « aux amis de Roumanie et à son confesseur, frère Georges ».
-Ah, j’allais oublier, ajouta distrait le professeur, Adeodatis dont vous vouliez obtenir des informations n’est pas né, comme on le croirait, le jour de Noël, mais un jour avant. Au moins ainsi il a été enregistré au Bureau de l’état civil! Quelqu’un a essayé de faire un changement, mais le registraire l’a corrigé. Officiellement !
Petru était bouleversé, l’enfant aux yeux tristes n’était pas destiné à être le nouveau Messie, celui que tous les membres de la secte adoraient. Iosif était sûrement né le jour de Noël.
*
Les doutes du journaliste d’investigation commencèrent à prendre forme après qu’il eut vécu une nouvelle expérience dans la capitale de l’État.
Petru a passé ses derniers jours en tant que touriste. Il a admiré les belles cathédrales gothiques, pour la plupart vides, et a fait du shopping dans le plus grand magasin de la ville.
Dans la place centrale, les mains occupées par des cadeaux, devant l’un des gradins aux fruits exotiques, deux jeunes l’entourèrent. On vous aide, monsieur!, dit l’un d’eux.
Petru regarda autour de lui, en espérant voir un policier. Le marché était rempli de monde, chacun pressé ou occupé. Il voulait crier au secours. Les jeunes hommes lui ont adressé un sourire redevable et l’un d’eux lui a offert un chariot à bagages. Ils avaient l’air d’être des habituels de l’endroit et peut-être qu’ils l’étaient.
Sous la veste en cuir, il sortit discrètement un objet. Petru tressaillit, il avait reconnu l’objet. C’était le fouet du dieu indien Visnu, utilisé pour tuer Paria. Il regarda autour de lui, pas de soutien. Il aurait voulu demander de l’aide à la police, mais son téléphone portable était enfermé dans la poche de son manteau et ses mains étaient complètement occupées.
-Je suis plus dur que vous ne le pensez pas, s’encouragea-t-il. Je vais jeter les bagages et je vais crier au secours!
L’un des deux jeunes hommes semblait avoir deviné ses pensées et montra l’objet.
-Dix dollars, monsieur, c’est un objet de culte indien, dit-il en souriant.
Dans l’inventaire de toutes les possibilités d’évasion, les deux le flanquèrent à un gang étroit et désert. Devant lui une boucherie. Bingo!, cria joyeusement Petru et passa la porte du boucher les bras chargés.
Les deux compagnons indiens, effrayés, firent un pas en arrière. À cela, ils ne s’y attendaient pas!
-Un os de vache, demanda-t-il victorieusement dans un français parfait.
Il empaqueta ses bagages dans une main et avec l’os de vache, la vache sacrée des Indiens, à vue sortit du commerce.
Entre-temps, les jeunes hommes s’étaient évanouis, pas avant de laisser au seuil de la fenêtre le fouet de Visnu avec une note sur laquelle étaient peints deux mots. „Nous reviendrons!”
*
Petru avait peur, il devait prendre une décision rapide. Les jeunes hommes avaient des figures de janissaires, les mêmes partout dans le monde, avec lesquelles il était familier. C’étaient ces enfants squelettiques, mais puissants, élevés dans une discipline quasi militaire de culte religieux. Ils ne mangeaient pas de viande, ils étaient végétariens ou plus exactement lato-végétariens, toute viande était interdite, et pour eux la vache était sainte. Celui qui a sacrifié ou du moins touché la vache, commettait un grand sacrilège.
*
Il devenait clair pour lui que les garçons avaient été mis par leur gourou lui envoyer un signal de menace. L’enfer de Visnu était difficile même pour ceux qui ne partageaient pas la même religion qu’eux!
„Je n’ai pas d’autre choix que d’utiliser leurs armes”, a-t-il dit plus calmement, mais il s’est souvenu de la stratégie d’un général chinois. „Attaquez d’abord le centre de la colonne, attaquez le roi, et la Victoire sera de votre part!”
*
Petru appela son patron et l’avertit qu’il remettrait son départ.
– Patron, ceux-ci me veulent dans leur secte, ils veulent que je devienne leur gourou, après il raconta le film de sa petite aventure.
– Tu sembles une vieille dame ivre, je pensais que tu allais venir avec un reportage ou au moins une idée d’article. Tu as pris au moins des photos? continua moqueur celui-là.
– J’avais les mains occupées, mais je vous le promets: si je sors vivant, je ferai un reportage!
– Ce n’est rien, s’ils te tuent, le prix de vos actions dans notre entreprise de presse vont augmenter, et ta famille sera riche!
– Que me proposez-vous de faire?
– Ce que nous faisons depuis 20 ans. Attaque le premier. Va voir le gourou et parlez de tout ce qui l’intéresse, de toute façon, j’ai enregistré l’appel, et cette nuit, tu le sais, le quotidien apparaît!
*
Petru est rentré au campus un peu plus calme et préparait son discours du lendemain. Il devait révéler tous les détails de la menace à laquelle il avait été soumis et, en outre, faire savoir à l’interlocuteur que cette histoire était également connue par la police.
Avant de se coucher, il s’est imaginé en compagnie de David et a vu son visage tordu. Il ne l’apprécierait certainement pas. Avec un sourire au coin de la bouche, il s’excuserait et expliquerait qu’un subordonné a pris cette décision.
„David a une très bonne opinion de soi-même et de son groupe. Il est considéré comme un Dieu par ses disciples, il le sent probablement et il en est content, continua sa rêverie le journaliste.
Son regard lors de la dernière réunion publique lui rappelait la figure d’un héros d’un reportage ancien.
„Oui, oui, il ressemble exactement au chef de l’association de malades mentaux, un jeune homme conscient de sa maladie, qu’il traitait d’ailleurs avec succès, mais il était impossible de se comprendre avec lui en temps de crise. Petru se souvenait de la façon dont il criait qu’il voulait sauver l’humanité et heurtait la tête contre les murs.
*
Dans son chemin vers la villa centrale où il devait rencontrer David, Petru vit Michel, son lieutenant fantôme. Soudain, tout s’est éclairé. L’éminence grise a fait ce scénario!
-Michel, tu es proche de David. Je voudrais te parler en ami!
Michel fit les yeux grands et lui dit qu’il était très occupé en ce moment, mais qu’au moment de la soirée il serait libre et pouvait parler.
XIe CHAPITRE
Le trésor maudit
Petru regarda étourdiment le Savant.
-Pour quoi avaient besoin les Français d’une copie du trésor?
-Mais c’est une copie autorisée, répondit l’archéologue apathiquement.
– Autorisé ou non autorisé, elle reste une copie …
-Et s’ils voulaient s’en servir autrement?
-Toi, archéologue raté et voleur de pièces anciennes, qu’aurais-tu fait de la pièce principale du trésor, la Patère?
– Je lui aurais donné une touche avec une poudre d’or, je l’aurais roulée dans la poussière prise de la ruelle principale du village de Petra et je l’aurais revendue aux amateurs d’antiquités dans un vide-grenier. Oh, n’oublions pas, pas avant de le marmonner un peu pour la faire paraître plus originale.
– Alors, vous pourriez amener la statue au même niveau que l’original?
L’archéologue poussa un cri d’étonnement.
-Bien sûr, mais pas il y a des centaines d’années, sinon de nos jours grâce aux nouvelles technologies!
– Tu lui aurais donné une couche de peinture?
-Plus précisément, avec une couche dorée de peinture automobile.
-Continue ton raisonnement de voleur renommé …
-Il est difficile d’aller plus loin avec son imagination sans affronter la loi.
-Cela signifie que vous referiez le vol d’une manière plus subtile que vos anciens collègues l’ont fait il y a cent ans. À moins que vous ne l’ayez pas volé, vous auriez remplacé l’original par la copie!
*
Petru poussa un nouveau cri d’étonnement, bien plus fort que la première fois.
– Maintenant je comprends pourquoi David m’a fait raconter comment avait été volé le trésor.
– Et vous, n’avez-vous trouvé rien d’inhabituel dans sa curiosité?
– À ce moment-là, non, il semblait extrêmement curieux, je lui ai raconté en détail les deux épisodes, les deux vols.
– Ne semblait-il pas cacher quelque chose, vous ne soupçonniez rien?
– Je lui ai parlé de Pantazescu, celui qui est entré ……. bon, l’histoire du vol du trésor.
*
– Et pourtant, la curiosité ne constitue pas une preuve devant la cour.
– Eh bien, je pense que oui. À la fin, je me souviens, David s’est retiré et s’est exclamé en méditant : „Je suis plus intelligent que tous les voleurs réunis.”
*
-Voilà, tu as finalement compris, donc le fameux trésor du Musée National est une copie ordinaire et non pas l’original…
– Jugement parfait, car la copie était identique, elle ressemblait à l’original comme deux gouttes d’eau, mais elle a quelque chose de moins, quelque chose de difficile à imaginer pour ceux qui ne s’y connaissent pas et même pour les spécialistes .
-Je n’ai plus d’imagination. Qu’est-ce que l’original a et que la copie n’ait pas, à part la matière première, dis quelque chose, tout ce qui te passe par la tête!
– Allons faire une séance de brainstorming, car mon imagination est épuisée.
– Nous avons établi que le trésor avait été fabriqué dans l’Empire?
-Pas trop, les feuilles des vignes sont un argument tout à fait contre. Les Romains aimaient le vin et la vigne, mais pas tellement pour les mettre au temple et prier devant eux.
– Nous sommes donc tous les deux d’accord qu’il s’agit d’une pièce de culte …
– Certes, les prêtres des Goths l’utilisaient pour des sacrifices et, plus tard, les premiers chrétiens de Dacie.
– Faisons tous les deux un effort d’imagination commun. La Patère a été apportée de l’Empire par Julien.
– N’oublions pas que les personnages sont germaniques, pas gothiques, ce sont néanmoins des peuples différents.
Julien était en Gaule, à Paris et est arrivé le Caesar de la Gaule. Il est entré en contact avec le peuple germanique qu’il combattait depuis quatre ans.
– À Paris, il a reçu la visite de sa tante Eugénie, sa protectrice. Elle était émerveillée par son imposante villa sur l’île de Lutèce au centre de la célèbre cité gallo-romaine, et il craignait pour son avenir incertain.
– L’empereur Constantin le détestait, car il lui était supérieur par sa vaste culture et par le succès de ses armées.
– Il a été nommé César par l’armée romaine de Gaule.
– Je pense savoir la suite, Eugénie lui a donné l’un des trois clous de la croix de Jésus trouvés à Jérusalem par la mère de Constantin le Grand, la Sainte Hélène. Sur les deux premiers, on savait qu’ils avaient été appliqués à l’épée et au bouclier de l’empereur Constantin, pour le protéger. On n’a jamais su où était le troisième clou de la croix du Sauveur Jésus.
– Sur un vase d’adoration offert par Julien à un ami proche, qui lui nourrissait de grands espoirs.
– La nation gothique sage qui vivait dans la forêt?
XIIe CHAPITRE
Le chemin vers Sirius
Petru a été réveillé par la sonnerie prolongée du téléphone. Après des jours de travail dur et d’enquête, il a finalement réjoui d’un sommeil doux et profond. Le silence de la nuit a été brutalement brisé, mais il s’est retourné de l’autre côté. Le téléphone continua de sonner nerveusement.
À l’autre bout du fil, le journaliste a entendu une voix familière. C’était le professeur François, le célèbre historien des sectes religieuses du Pays des cantons. L’homme bégayait et avait l’air complètement dérangé.
-David Lourdes n’est plus sur la Terre, a-t-il réussi à dire effrayé. Ils sont tous partis pour la planète Sirius!
Petru a sauté du lit chaud et a commencé à mitrailler l’interlocuteur avec des questions.
– Siriu ou Sirius ? Il existe un village dans les Montagnes Carpathes qui chaque 107 ans entre en résonnance avec la planète Sirius, dit le journaliste.
– Il s’agit de la planète Sirius et leur départ a été organisé dans leur structure de base des Alpes, continua le professeur. Ils ont écrit des messages d’adieu, après quoi il y a eu un suicide en groupe, soupira-t-il.
– Pour moi, David était un saint, un idéaliste irréconciliable. Capable de se sacrifier pour le bien de l’humanité, a commenté Petru.
– Quand, où, comment a été cela possible? Mais Iosif, qu’est-il arrivé au petit Iosif?
Le professeur essaya de le calmer et devint plus explicite.
– C’est un suicide en groupe. Planifié, dirigé depuis longtemps comme vous dites. Les policiers ont reconnu le Maître, mais il y a d’autres cadavres, a-t-il dit plus calmement. À côté d’eux se trouvait une déesse du trésor roumain, la pièce maîtresse de votre trésor maudit …
– Mais les enfants, il y avait assez d’enfants dans le camp.
– Il semble qu’aucun enfant ne soit mort, ils ont quitté le camp la veille, soutint le professeur François.
Petru reprit rapidement les dernières séquences du dialogue nocturne et y renonça.
– Rien n’anticipait un tel dénouement, monsieur le professeur!, répondit Petru avec émotion.
Le professeur continua sévèrement.
– Je t’ai appelé pour organiser une réunion sur ce sujet. À mon avis, en ce moment, vous êtes la seule personne au monde à avoir des informations privilégiées sur leur organisation religieuse! Je m’intéresse au problème en tant que scientifique, en tant qu’historien. Je veux un point de vue strictement scientifique. Fais attention à ce que tu en dis à d’autres personnes, car les journalistes et bien sûr les services secrets te chercheront.
Petru reprit le message de l’enseignant syllabe par syllabe. Il était donc parmi les derniers et rares connaisseurs de leur message et probablement le seul à avoir pris leurs prophéties au sérieux.
– Maître, ce que vous me demandez ressemble à un défi! Vous travaillez, n’est-ce pas, pour les services secrets et la sécurité de l’Etat, vous êtes donc un agent secret! Il est impossible de ne pas avoir connaissance de l’activité d’une organisation religieuse radicale qui prêchait la fin imminente du monde, l’Apocalypse. L’ordre figurait certainement sur la liste des sectes qui agissaient contre l’état et était étroitement surveillée par les Services de sécurité.
– Malheureusement, ce n’est pas exactement ainsi, car la secte a fait preuve d’une totale discrétion et possédait une aura d’innocence et de pacifisme. Rien ne prévoyait cette fin. Je ne l’ai connue qu’une seule fois de l’intérieur, mais je ne l’avais pas considérée digne de revenir vers elle. Ses chefs étaient d’un dilettantisme désarmant, et leur doctrine était éclectique et dépourvue de tout message cohérent.
-Vous savez probablement plus de choses que vous ne me dites maintenant, professeur. Je promets que je garderai toute discrétion jusqu’à notre rencontre. Dépêchez-vous! N’oubliez pas, cependant, je suis journaliste!
Le professeur l’a remercié et lui a donné rendez-vous dans un pays neutre. Il devait supporter l’avion et les autres frais de voyage.
*
Resté seul, Petru se sentit désespéré. Dans le calme de la nuit, on n’entendait que les grillons. Il se souvenait des dernières scènes, rien ne prédisait un tel résultat. Il prit le cahier et le jeta contre le mur. „Maître tu es une bête, tu nous as trahis comme un fou!”
– Prophète, empereur et maître! Trois pouvoirs qu’aucun homme ne peut détenir simultanément. S’il les possédait tous, il serait sûrement d’un autre monde!, se souvint-il des derniers mots du Maître lors d’un dialogue qu’il avait eu avec lui il y a quelques semaines.
– Vous, les Terriens, vous vous transformerez tous en poussière d’étoile. Le temps n’a plus de patience avec vous! Mais nous partirons plus tôt! Je ne vais pas vous tromper et vous découvrirez le premier notre voyage stellaire!, se souvenait-il des fragments d’un autre dialogue récent.
Le journaliste se souvenait bien de la figure du prophète. Le maître était calme, mais froid et distant. Ils ont discuté des qualités d’un bon croyant, „quelque chose entre le Dieu Dyonisos, Arjuna et le prophète Jean”. Mais quel terrien normal pourrait posséder les trois pouvoirs en même temps!? pensait-il à haute voix.
Petru tressaillit. Lors de leur dernière rencontre, le Maître avait mentionné la Déesse Mère, le trésor qu’il possédait par des méthodes que lui seul connaissait. Le jeune journaliste avait cru que le Maître plaisantait.
-S’ils ont trouvé la déesse sur eux, ils seraient probablement arrêtés, pensa Petru. Cependant, comment la pièce maîtresse du plus grand trésor d’Europe est-elle entrée en possession de l’ordre?
-J’ai compris maintenant, se dit Petru. Le scientifique n’est pas innocent en ce qui concerne le vol de la déesse du Musée de l’histoire et peut-être non plus en ce qui concerne le suicide en groupe. Mais les policiers pourraient m’accuser de n’importe quoi, même du vol ou de la dissimulation, non!
*
Le scientifique l’attendait dans le salon. Lui aussi, il avait appris la nouvelle sur la mort du Maître et de ses disciples.
-On a passé a la télé un reportage détaillé. Tu n’as pas l’air dérangé du tout, lui dit-il moqueur.
-Et ce qui n’a pas été dit à la télévision, vous l’apprendrez de moi, monsieur le compatriote, s’écria Petru. Dans la masse de cendres, parmi les cadavres innocents des croyants se trouvait la Déesse Cybelle. C’était le seul objet retrouvé intacte par les autorités, a déclaré le journaliste à contrecœur.
Le scientifique est devenu jaune. C’était difficile de faire comprendre à la police.
– Nous comptons sur la xénophobie et la stupidité des autorités policières, poursuit Peter. Ils sont trop fiers pour admettre que leurs compatriotes priaient devant un trésor découvert dans un pays du tiers monde! Seul le professeur peut le leur confirmer, mais il peut aussi être trompé!
Le scientifique semblait désespéré et ne pouvait plus parler.
– Confirmez que vous avez volé le trésor du Musée d’histoire, monsieur le muséographe en chef!, dit Petru ironiquement.
Le scientifique baissa les yeux et témoigna nonchalamment.
-Avec ta complicité, monsieur l’éditeur!
Petru fit une grimace et prit la couleur de l’ictère.
-Tu te souviens quand je t’ai demandé de rendre service à la ville où tu es né. Tu as même bu trois bières dans le bar de la porte du Parc Central pour ce service.
Petru essaya d’y répondre, mais il bégaya.
-Vous m’aviez manipulé, misérable! Vous m’aviez dit qu’il faut faire quelque chose pour sortir cette ville endormie de l’anonymat et la montrer au monde civilisé à travers une exposition nationale. Je croyais en vous, d’autant plus que j’étais tellement étourdi par un soi-disant tambour des Goths qui part de Pietroasele et atteint la France, à Toloso et l’Andalousie en Espagne, les deux derniers localisations de cette nation germanique.
-Tout était un mensonge, est-il vrai que tu ne t’en as pas rendu compte, monsieur le journaliste d’investigation ?, répondit fièrement le Savant.
-Vous aviez besoin d’une exposition pour voler la Patère et la remplacer par une copie. Un chercheur a affirmé que ce n’était pas l’original, car il n’avait jamais vu les coups de marteau, mais j’avais pensé que c’était un grand idiot.
-Le vrai idiot, c’était vous, je voulais juste faire connu le trésor au monde, déclara calmement le scientifique. Vous n’avez aucune preuve que je l’aie volé. Je n’y ai rien à voir, j’ai seulement organisé l’exposition, et pendant son transfert, je me suis senti mal, ma tension a soudainement augmenté. J’ai suffisamment de témoins, dont un médecin ambulancier. Le docteur ne ment pas, j’étais mal et que s’est-il passé en mon absence sur la route entre le musée et les Galeries d’art, Dieu seul le sait!
– Vous m’avez pris pour un sot, monsieur. À vos insistances, j’ai écrit plusieurs articles pour convaincre les autorités à organiser cette exposition. Je les ai convaincues que ce serait une première nationale. C’était la première fois que le trésor allait quitter le coffre-fort du musée d’histoire. Manipulé comme un con. C’est inoubliable! Si vous m’aidez à comprendre « le stupide et l’incompréhensible» de ce scandale, je vous pardonnerai peut-être!
XIIIe CHAPITRE
Le clou du Sauveur
– L’impératrice Eugénie, la petite-fille de la Sainte Hélène, a offert comme cadeau le Saint Graal et un clou de la croix du Sauveur à son petit-fils préféré, le futur empereur Julian, a déclaré avec maîtrise de soi le Savant.
– La Sainte Hélène, comme on le sait, a trouvé les trois clous de la croix du Sauveur à Jérusalem avec le Saint Graal et les a offerts à son fils, l’empereur Constantin le Grand. L’un était placé sur le bouclier de l’empereur et l’autre sur son épée, mais que s’est-il passé du troisième clou ? reprit Petru.
-Les deux clous saints, réels ou non, ont convaincu l’empereur Constantin à déclarer le christianisme comme religion officielle de l’Empire.
– Le troisième saint clou, qui est entré en possession du roi païen Julian, celui qui a donné le trésor à un autre roi païen allié.
– Donc, le trésor original, poursuit le raisonnement Petru, aurait eu incorporé le clou sacré, d’ailleurs on voit à l’œil libre une tache mauve dans la Patère originale.
– Notre bon ami, le regretté David, et le misérable de Michel ont appris cela et ont essayé d’envoler la Patère, en la remplaçant dans le Musée National avec la copie volée sous nos yeux.
– Mais ils ont oublié la malédiction wisigothe…
– Mais comment ont-ils appris où était caché le petit Iosif ?
– Assez facile, intervint le directeur du journal, d’Elena, sa mère adoptive.
Les deux changèrent d’expression.
– Non, ce n’est pas possible, exclama avec sarcasme le Savant, c’est déjà trop.
– Vous voyez ? Si vous n’allez jusqu’au bout dans les investigations…, répliqua plein d’arrogance le directeur. Je me suis donné de la peine pour écrire deux livres sur le trésor. Ne croyez-vous que vous ayez eu tort quand vous aviez choisi de vous mêler dans cette aventure sans me consulter ? Dites-moi, pourquoi vous ne m’en aviez parlé ?
– Je vous avais demandé s’il y avait encore des secrets en ce qui concerne le trésor, se défendit Petru, mais vous m’avez répondu que seulement le Grand Dieu pourrait y ajouter de nouveaux éléments et éclairer ce cas.
– David avait compris ce que vous ne savez pas encore, continua le directeur. Toi-même me l’as dit, ajouta en montrant du doigt Petru, tu l’as déjà oublié ? David vous avait demandé que s’est-il passé avec les héritiers de ceux qui avaient découvert le trésor ? Et vous soutenez que dans la cave des montagne il y avait aussi deux bourses de monnaies en or, mais aussi d’autres choses qui ont été laissées de côté pendant l’enquête, étant considérées sans importance parce qu’elles n’étaient pas confectionnées en or.
– C’est-à-dire, David a retrouvé les héritiers des deux découvreurs du trésor et les a dépouillés du bouilloire du Saint Graal, commenta tristement Petru.
– Il est possible, s’attrista le directeur, on dit qu’une femme de la famille d’Avram avait la coupe emmenée par l’Auguste Hélène du Tombeau Sacré.
– Parmi les héritiers de Ion Avram on compte Elena Sofia, elle-même, vous le croyez ou non, continua-t-il sévèrement et toi, Petru, en bon journaliste, tu aurais dû le savoir.
– Donc, Elena a des racines à Petra ? demanda Petru étonné.
– Plus exactement à Urgoaia, dans ce hameau est née sa mère, Alexandra, plus tard mariée avec le fils de Dumitru, Ionut, donc elle appartenait à la famille Avram, expliqua le directeur.
– Il fallait s’y attendre, le fils de Dumitru s’est marié avec une jeune fille des alentours, car Urgoaia se trouve tout proche, soupira le Savant.
– Comment aurait-il appris de l’existence d’ Elena? fit Petru désorienté.
– Il a simplement suivi le fil historique, à Paris il existe des sociétés qui peuvent reconstituer tout arbre généalogique pour 1000 – 2000 euros. Et elles ont des connexions dans tous les états, surtout dans le cadre des archives nationales, conclut le directeur.
– Donc, l’information est sortie de l’intérieur, des archives de notre ville ? fit Petru bouche bée.
– Bien sûr, mon vieux, de la même source je l’ai appris moi aussi, sauf que je l’ai appris 20 ans plus tard, dit le directeur.
– Si je comprends bien, vous savez depuis 20 ans que dans la cave de Petra on a trouvé des objets qui n’ont pas été déclarés ?
– Tout le monde à Petra le savait, mais les premières années ils ont eu peur de le confirmer. Après, on l’a oublié ou on l’a passé de vue. Tous connaissent la fin tragique des deux héros qui avaient fait connue la Roumanie dans le monde par leur découverte, continua le directeur.
– Revenons à nos moutons, je me sens encore plus déboussolé qu’au début de notre conversation, dit la Savant. La maman d’Elena détenait un objet de la cave sainte, mais elle en a fait quoi?
– Elena vous l’aurait dit, pour elle ce n’était qu’un souvenir de famille. Une coupe en cuivre et une effigie en argent de l’Ordre de Chevalier Thrace avec un message difficile à comprendre. Avant de mourir, sa mère, Alexandra, qui était assez jeune, les lui a confiées, continua son discours le grand journaliste. Mais, par hasard, elles sont arrivées dans les mains de David et d’ici dans la possession de sa sombre Éminence, Michel. Tout ce qui en a résulté, on le sait…